Archives de Catégorie: Opération Masse Critique de Babelio

Karambolage 2, de Claire Doutriaux

Décidément ces derniers temps je suis toujours en retard pour rédiger mes avis. :-/ Hop, on s’y met!

Grâce à la dernière édition de Masse Critique j’ai cette fois-ci reçu un livre tiré d’une toute bonne émission que j’adorais du temps où j’avais la télé : Karambolage, sur Arte. Le bouquin étant le deuxième édité sur l’émission, son ptit nom est logiquement « karambolage 2 ». 🙂

karambolage2_1Si vous ne connaissez pas, le principe est très simple : on prend les deux pays fondateurs d’Arte, la France et l’Allemagne, et on compare ce qui les rapproche et ce qui les éloigne l’une de l’autre. Cela peut s’exprimer au travers de la langue, des objets, des références historiques et culturelles, de la géographie… ce qui donne des sujets aussi originaux que le bierwärmer (le « chauffe-bière ») totalement inconnu en France, la signification des drapeaux et hymnes respectifs de chaque pays, ou bien le fait qu’en Allemagne l’alliance se porte à la main droite et en France à la main gauche sans que l’on sache vraiment pourquoi.

A la télé, cela donne de courts reportages décalés et amusants racontés par des commentateurs français et allemands et la découverte d’une culture inconnue… ou la redécouverte de la sienne propre, vue par d’autres yeux (par exemple l’eau de Javel est très utilisée par les français, c’est une espèce de culte national à son odeur si particulière, tandis que les allemands n’en sont pas très fans).

En version « livresque », cela se transforme en retranscription de ces mêmes reportages avec photos illustratives à l’appui reprises de l’émission. Ce qui est d’ailleurs amusant pour moi, puisque les anecdotes rapportées dans « Karambolage 2 » sont parmi les dernières que j’ai pu voir avant de ne plus avoir d’abonnement télé (en 2007). Je me souviens encore parfaitement des animations, du ton et de la voix des chroniqueurs. 😀

L’esprit de l’émission est donc parfaitement retransmis puisqu’il s’agit exactement de la même chose, ni plus ni moins. Les photos et illustrations sélectionnées représentant exactement le sujet dont il est question, on ne ressent pas de manque vis-à-vis des images beaucoup plus détaillées vues durant l’émission. Cependant, le seul petit défaut que je trouve à ce livre est la qualité de certaines photos, assez floues, comme de mauvaises captures d’écran. Je ne sais pas si c’est voulu, mais l’effet rendu n’est pas très beau. :-/

Cela se lit très facilement, par petits bouts ou par sections entières (« l’objet », « le symbole », « le mot »,… ), pour le plaisir d’en savoir plus sur nous-mêmes ou sur nos voisins allemands. De plus, l’auteure a également intégré quelques énigmes comme celles que l’émission contient et à partir desquelles il faut deviner si nous sommes confrontés à une photo prise en France ou en Allemagne. Vous savez, comme ces jeux d’observation que l’on faisait enfant et où il fallait deviner qui était l’intrus? J’adorais ce jeu à la fin de l’émission!

En résumé : les autres cultures vous intéressent mais vous n’aimez pas lire de pavés très sérieux sur le sujet? Vous aimez lire des pavés très sérieux sur le sujet? Ce livre est aussi fait pour vous! 😀

Merci à Babelio et aux éditions du Seuil / Arte pour cet envoi! 😉 babelio-masse-critique

L’avis de Brize sur le même livre, c’est par ici, et l’avis des autres babeliophiles est par là. 😀

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Instants d’oiseaux, de Claude Feigné et Jacques Gillon

Une partie de la quatrième de couverture pour bien commencer ce billet:

La vie d’un oiseau est constituée de millions d’instants furtifs dont, la plupart du temps, les détails échappent au regard du simple curieux de nature comme à celui de l’observateur assidu. Seuls les instantanés photographiques permettent de fixer la fugacité de ces moments, d’en révéler une dimension esthétique souvent époustouflante, et offrent aussi, par la connaissance des adaptations morphologiques ou des comportements sociaux des oiseaux, une occasion unique d’expliquer ces attitudes capturées par le photographe. C’est à un voyage commenté dans le monde de ces instants trop brefs pour que notre œil les saisisse que cet ouvrage vous convie. Une invitation pour approcher la merveilleuse et secrète intimité des oiseaux…

Quand j’ai sélectionné ce livre parmi tous ceux proposés par Babelio, j’ai été emballée par le fait que ce soit un bouquin de photos d’oiseaux pris sur le vif au cours de leurs activités quotidiennes, ce que suggéraient le titre du livre et sa couverture (dans la vie quotidienne, j’adore observer les oiseaux et toutes les bestioles qui portent à portée d’yeux, et reconnaître qui est quoi). Je n’ai donc pas du tout été déçue, puisque c’est exactement ça! 😀 On les voit se nourrir, s’envoler (ces photos-là sont époustouflantes!), se castagner, roupiller… mais pas que.

Car j’ai également été très agréablement surprise de découvrir que « Instants d’oiseaux » permettait aussi au lecteur d’acquérir une culture de base sur les oiseaux et leurs moeurs. Les thèmes abordés vont ainsi de leurs modes d’alimentation à la structure de leur plumage, en passant par leur façon d’atterrir et leur sociabilité. Par exemple, vous saviez vous que la température normale pour un oiseau est de 47°C, et que s’il monte ne serait-ce qu’à 49°C c’est la mort assurée? Ou bien que le martinet noir se nettoyait, dormait, et en gros passait sa vie en vol? Moi pas. Alors que j’adore reconnaître les différentes types d’oiseaux et que je possède quelques bouquins sur ce sujet, je ne savais rien de plus sur eux!

De plus, c’est la seconde fois que je reçois un livre de la part des Editions du Sud-Ouest, et je constate qu’encore une fois il est de grande qualité. Belle taille, papier glacé (mais qui ne garde pas les traces de doigts, ça m’horripile toujours quand ça arrive), court texte de présentation qui accompagne les photos, et photos de bonne taille (y a rien de plus frustrant qu’une petite photo sur une grande page, avec trente tonnes de barratin à côté).

Je n’ai qu’un seul petit regret: les photos présentent souvent les mêmes oiseaux sous différents angles, en train de faire différentes activités; c’est dommage de ne pas avoir voulu/pu mettre un peu plus de variété. De plus, les photos ayant pour la plupart été prises dans le bassin d’Arcachon, il y a sur-représentation des espèces « maritimes », et les espèces plus communes sont à peine présentes. Peut-être qu’un « Instants d’oiseaux 2 » pourrait règler ce petit défaut? 😉

En conclusion, un livre rédigé d’un point de vue de naturaliste qui cherche à « comprendre » le plus possible les oiseaux, et pas seulement à les regarder. A offrir aux amoureux des oiseaux et ceux qui veulent en savoir plus sur leurs « modes de fonctionnement ». 😀

Merci à Babelio et aux Editions du Sud-Ouest pour ce très beau livre!

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Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini

Avant de commencer mon billet, je vous souhaite une très bonne année à tous et plein de merveilleuses lectures!

Petite quatrième de couverture, comme d’habitude:

Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d’un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçons grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n’entament leur amitié. Jusqu’au jour où Amir commet la pire des lâchetés… Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan.  » Il existe un moyen de te racheter », lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l’Afghanistan des talibans… et de son propre passé.

J’ai vraiment été scotchée par cette lecture (au point de rester éveillée jusqu’à trois heures du matin pour pouvoir le terminer, c’est dire…). Dès le début, le narrateur nous révèle que quelque chose de terrible s’est passé dans sa vie, au point que cela a modifié son cours pour le restant de ses jours. C’est ainsi que se passe la première partie du roman… nous suivons Amir, nous découvrons son enfance en Afghanistan et la douceur de vivre que seuls les souvenirs peuvent conférer. Puis nous sommes rattrapés par l’évènement-clé, celui qui a déclenché une culpabilité dévorante chez Amir et qui l’a poussé à commettre des actes dont les conséquences étaient de plus en plus difficiles à vivre. Puis nous voyons dans la deuxième partie du roman son exil en Amérique, la vie qu’il s’est construite là-bas.  Et enfin, la réalité au moment de la rédaction du livre rattrape tout. L’Afghanistan est aux mains des talibans, le pays est ruiné par des années et des années de guerre, et ses habitants vivent un enfer.

J’ai également énormément appris au cours de ma lecture, ce que j’apprécie beaucoup. Les deux ethnies principales en Afghanistan, leurs relations conflictuelles, l’opposition si présente entre chiisme et sunnisme, la culture afghane… j’ignorais presque toutes ces choses. Pourtant, elles m’ont rappelé la Belgique, avec ses différentes communautés de cultures différentes, ainsi que la situation tendue actuelle (bien qu’on ne puisse pas dire que le niveau de violence soit le même… et heureusement!).

Toutefois, j’ai trouvé que le plus fort dans ce roman était la description du paradis de l’enfance d’Amir, de son innocence, son amitié inébranlable avec Hassan, la nostalgie de cette époque, et le passage brutal à l’âge adulte, celui où il sait qu’il ne sera plus jamais aussi heureux qu’il l’a été, celui où il est rongé par la culpabilité et les regrets. En même temps qu’il prend conscience de cela, l’Afghanistan commence à changer très profondément et à s’éloigner de plus en plus rapidement du pays idéal, pour se transformer en enfer à ciel ouvert. Nous savons tous qu’en grandissant, nous perdons pas mal de choses… des amis d’enfance, des connaissances, un lieu préféré, une saveur particulière… mais perdre carrément son pays, c’est encore au-delà de ce que nous vivons habituellement. Pis que tout, Amir est sûr de ne plus jamais rien retrouver de son enfance. Et quand il retourne au pays, il découvre peu à peu à quelle point cette perte est énorme, qu’un gouffre le sépare de tout ce qu’il a connu auparavant et de ce qu’y existe maintenant.

Quant aux regrets et à la culpabilité… ce sont bien les seules choses dont il aurait voulu se débarrasser. Malheureusement pour lui, s’ils apparaissent et s’installent très rapidement, leur disparition n’en est que plus difficile…

En fait, la seule chose avec laquelle j’ai eu du mal dans ce roman, cela a été la dernière partie. Je dirais que c’est « la couche de trop », celle qui n’était pas nécessaire pour faire de ce roman un bon roman. Cette dernière couche ajoute du malheur là où il y en avait déjà trop… et surtout, je l’ai trouvée moins « réelle » que le reste du roman, moins crédible. Nul n’ira contredire la description apocalyptique de l’Afghanistan des talibans, la folie furieuse de ces derniers et l’horrible  lucidité des manipulateurs qui les dirigent. Quant à Assef, la Némésis de Hassan et Amir (vi c’est un gros anglicisme barbare, mea culpa), pour avoir rencontré le même genre d’individu avec les mêmes « références culturelles » je sais bien que le trait est à peine forcé. Mais la dernière partie avec Sohrab, je n’y ai pas cru. C’était « trop », en plus du reste.

Mais pour conclure, je dirais que ce livre touche le lecteur grâce à son évocation de l’enfance et des tourments de l’âge adulte. A l’heure actuelle, l’Afghanistan n’est plus le/la (?) même qu’au cours de la rédaction des « Cerfs-volants de Kaboul », et pourtant les sentiments contradictoires éprouvés par Amir restent toujours aussi interpelants pour nous.

Un tout grand merci à Babelio et aux éditions 10/18 de m’avoir permis de lire ce livre! 😀

Je suis vraiment très heureuse d’avoir reçu cette édition particulière des « Cerfs-volants de Kaboul », j’adore les éditions spécialement éditées pour les fêtes! Par contre, une petite suggestion tout à fait personnelle pour les éditions 10/18: un petit marque-page avec ces livres serait vraiment un plus. 😉

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Youhou!

Grâce à Babelio et son opération Masse Critique, je vais bientôt recevoir dans ma boîte aux lettres non pas un, mais deux livres:

  • « Instants d’oiseaux », de Claude Feigné et Jacques Gillon
  • Et l’édition spéciale des « Cerfs-volants de Kaboul » de Khaled Hosseini

Merci à Babelio (et aux éditeurs participants à Masse Critique), ça va me faire deux beaux cadeaux de Noël!

(Maintenant il ne me reste plus qu’à terminer mon billet en cours et à écrire mon bilan concernant le Challenge ABC 2008, pour ne pas prendre encore plus de retard quand je recevrai les livres… Cours Forest, cours! )

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L’appel de la steppe, d’Antoine de Changy et Célina Antomarchi-Lamé

J’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

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J’ai toujours adoré apprendre comment vivaient les autres êtres humains, qu’est-ce qui les avaient poussé à aller vivre à tel endroit en particulier, comment ils s’y étaient adaptés, quelles étaient leurs habitudes, leurs espoirs, leurs angoisses…
Ainsi, quand nous avions la télévision j’aimais particulièrement l’émission « Là-bas si j’y suis » et l’un de mes livres préférés reste encore et toujours « Le désert des déserts: avec les Bédouins, derniers nomades de l’Arabie du sud » de Wilfred Thesiger.
C’est donc avec un plaisir anticipé que j’ai ouvert « L’appel de la steppe: D’Istanbul aux confis de la Mongolie, à la rencontre des nomades de l’Altaï ».
Je ne peux pas dire que j’ai refermé le livre dans le même état d’esprit. Loin de là.
appel_de_la_steppeAvant d’entrer dans le vif du sujet, la quatrième de couverture (nécessaire afin de comprendre un point que je vais développer par la suite):
« Notre histoire avait commencé par une belle soirée d’ivrognerie, le jour où je rentrais de quatre années d’exil. La suite, nous l’avions su dès le départ, serait le mariage puis un autre voyage, ensemble. Un voyage pour toucher le fond des choses, accéder aux gens par des chemins authentiques. Un départ à vélo à travers une Asie dont nous ignorions tout. Nous partirions sans contrainte et sans limite de temps, sans date de retour précise. Il ne s’agirait pas de vélo mais de voyage, non d’une course envers et contre tout, pour boucler la boucle en avance, mais bien d’un voyage au fil du vent, au gré des marées. Le temps de la rencontre l’emporterait sur les impératifs de parcours et de distance à abattre. A scruter une carte du monde, il n’y avait pas d’endroits où nous ne souhaitions aller. Mais l’Iran était l’idée fixe de l’un et la Mongolie un rêve d’enfance de l’autre. Nous avons donc choisi la Turquie, pour apprendre à voyager, puis l’Iran, l’Asie centrale parce que nous n’en savions rien, avant de rejoindre la Mongolie par la Chine. Si nous nous sommes arrêtés un an dans une famille nomade de l’ouest de la Mongolie, c’est qu’un soir l’homme chez qui nous dormions nous a simplement proposé : « Venez passer l’hiver chez moi si vous voulez. »

Je ne sais pas si c’est moi qui ai mal interprété les choses, mais la couverture, le titre, le sous-titre et le résumé indiquaient pour moi que le livre porterait principalement sur cette fameuse année passée dans une famille nomade. Ce qui n’est absolument pas le cas. Sur les 318 pages du bouquin, les nomades avec lesquelles les auteurs vont vivre n’apparaissent qu’à la page 228. Moins de cent pages sur le sujet, c’est dommage.
D’autant plus dommage que les deux cents pages précédentes sont terriblement répétitives: « Il fait beau/moyennement beau/mauvais/pluvieux/y a du vent, nous passons en vélo, les gens sont curieux et nous interpellent, puis quelqu’un veut bien nous héberger, son nom c’est Truc, nous causons ensemble (accessoirement on picole), et puis nous nous en allons. Ah, que ces gens sont sympas et hospitaliers! Loin de toute la pourriture Occidentale, franchement vivre en Occident c’est moisi ».
J’ai dû me « cravacher » à reprendre le livre à chaque fois, et toujours à cause de cette répétitivité. Pourtant il se lit fort rapidement et j’ai été surprise plus d’une fois de voir que j’avais lu 70 pages alors que je ne pensais n’en avoir parcouru qu’une vingtaine.
Malheureusement ce retour cyclique à la même chose m’a également fort embrouillée et plus d’une fois je me suis demandée si telle situation c’était passée il y a quelques pages ou il y en avait trente. confusion

J’ai également regretté que les auteurs entrent peu dans l’âme des peuples qu’ils rencontraient, tout m’a paru superficiel. Je sais bien que la barrière de la langue était gigantesque mais cela m’a malgré tout déçue de ne pas en savoir plus sur ce qui faisait que ces gens appartenaient à leur peuple et pas à un autre. Cependant, ce problème est moins présent au cours de la partie avec les nomades puisque nous avons plus d’infos.
De plus, comme l’indique mon bref résumé de « l’action », les auteurs font preuve d’un manichéisme un peu agaçant… voire carrément insupportable (à la fin du livre on est excédé tellement ces passages réapparaissent souvent). On retrouve la ville Vs la campagne et l’Occident Vs le reste du monde. Quelques morceaux de choix:
1. Quotidiennement, une angoisse m’étreint au réveil: celle que le ciel bleu et glacial ait cédé la place au plafond gris et aux températures molles des hivers nord-européens, cette crainte que les journées intenses et rudes aient été remplacées par le confort et l’ennui. […] Ici pas de place pour un sentimentalisme ou des manières décalées à l’européenne.
2. Tout à l’est, l’Extrême-Orient rejoint l’Occident, replié sur lui-même et persuadé de voir le monde à travers l’écran de son téléphone portable.
3. Nos sociétés occidentales, en développant des modèles hyper compétitifs et aseptisés, ont oublié en chemin quelques valeurs humaines que nous avons retrouvées en Turquie. Ici, les gens ne vivent pas les uns à côté des autres, mais encore les uns avec les autres.

Je suis tout à fait d’accord pour dire que notre société est loin d’être idéale… mais ce n’est pas une raison pour idéaliser les autres!

J’ai aussi trouvé certaines remarques qui m’ont paru pour le moins naïves:
Dans un lokanta, comme beaucoup d’autres, un jeune porte le foulard kurde. Ce symbole de l’identité kurde est interdit par Ankara. Le port de ce foulard n’est pas innocent, il permet d’affirmer sa fierté et son appartenance à cette communauté. En le regardant, j’essaye de comprendre la signification et l’importance de ce geste pour lui, la foi qu’il y met. Comment pouvons-nous ressentir son engagement, nous qui n’avons aucune référence semblable dans nos vie d’Occidentaux affranchis des principalement barrières de la discrimination?
Je me suis vraiment demandé quelles étaient ces principales barrières… le fait de ne plus se faire passer à tabac mais juste de se faire traiter de « sale nègre/bougnoule » peut-être? De « juste » se faire insulter de pute si on ose mettre une mini-jupe et dire à un mec d’aller se faire voir s’il nous casse les pieds ? D’être juste considéré comme une grosse merde si on est chômeur et pas brûlé vif? La souffrance, où qu’elle soit, ne s’estime pas à la valeur des autres souffrances! A mes yeux elle est présente et nous nous devons de la respecter, il n’y a rien d’autre à ajouter.

Enfin, pour en revenir à un aspect bénin mais qui m’a néanmoins agacée, j’ai aussi noté la présence de deux grosses erreurs. La première apparaît lorsque Célina Antomarchi-Lamé fait ce qui ressemble à une crise d’angoisse. Il y est dit qu’elle fait une crise de mouvement compulsifs. La compulsion est un terme emprunté à la psychiatrie et qui se définit comme étant un « comportement répétitif (par exemple le lavage des mains) ou un acte mental (prier, compter…) que le sujet se sent poussé à accomplir en réponse à une obsession ou selon certaines règles qui doivent être appliquées de manière inflexible » (source). Elle a donc plutôt dû être prise de mouvement convulsifs, ce qui se comprend quand on est si loin de chez soi…
La deuxième erreur, grossière pour un livre parlant de voyages et du rythme des saisons, parle de l’équinoxe… d’hiver (il est indiqué entre le 15 décembre et le 1er janvier dans le livre, il n’y a donc pas d’erreur d’interprétation possible). Il n’existe pas d’équinoxe d’hiver, juste le solstice, le jour où la nuit est la plus longue de l’année. endormi

A côté de ces défauts j’ai pourtant vécu de bons moments de lecture avec ce livre.
La transhumance avec les nomades est le moment que je préfère, il représente ce que le livre entier aurait dû être à mes yeux: une immersion totale avec la vie et les préoccupations des nomades, permettre la compréhension de leurs coups durs, de leur acharnement, de leur courage et de leur détermination. J’ai aussi trouvé d’autres moments de grâce comme par exemple cette séance où un joueur de musique envoûte complètement les auteurs, ou encore lorsque les chevaux prennent leur galop tous ensemble:
En un instant, le nuage de poussière s’allonge et s’épaissit, la rumeur enfle sous le martèlement des sabots, la steppe rugit. Une horde hurlante, à fond de train, se répand dans la plaine soyeuse.
Au cours de ces quelques passages j’ai pu saisir la magie de ce voyage immense, le bonheur que cela devait être d’assister à des évènements pareils.
Hélas, ces moments sont trop courts et vite passés, et la lecture nous ramène à une description du paysage que l’on souhaiterait tant pouvoir admirer. Car si nous avons la chance d’avoir des photos au centre du livre, celles-ci représentent principalement le passage chez les nomades et le reste est rendu à la portion congrue.
Pourtant ces photos valent vraiment le détour. Voilà un petit bout de l’une d’entre elles:

campement_nomade

A elles seules elles nous donnent envie de tout connaître de ce voyage. Je pense même que le livre devrait être réédité sous un autre format, avec moins de texte et plus de photos, comme par exemple un carnet de voyage. J’imagine bien une photo magnifique par page avec le texte en-dessous pour expliquer ce qu’elle représente, à quelle étape elle a été réalisée, par qui elle a été faite, pourquoi…

Cela règlerait au passage le problème de la carte fournie avec le livre. Si chaque étape du texte décrit les villes et les endroits par où les auteurs passent, la carte représente seulement les différents pays avec une vague ligne qui les traverse. On ne peut pas dire qu’elle aide beaucoup à se repérer.

Pour en finir avec « L’appel de la steppe », je dirais donc que le format du livre n’est pas forcément adapté à cette aventure et que je rêverais d’en voir une édition avec moins de texte (de toute façon très descriptif et pas particulièrement passionnant) et plus de photographies.

A noter qu’il intéressera certainement plus que moi les passionnés de chevaux, de nombreuses « scènes »  à cheval sont proprement idylliques pour les auteurs.

P.S: Je suppose mais que le titre fait référence à « L’appel de la forêt » de Jack London mais je n’ai pas encore lu ce livre. Faudrait que je le fasse. 🙂

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Les métiers de nos grands-mères, de Jean-Michel Le Corfec

grandsm_res1Grâce à une mamie qui me racontait dans mon enfance ce que c’était de vivre au début du XX° siècle, j’ai toujours été fascinée par les métiers exercés autrefois et bien souvent aujourd’hui disparus.
C’est donc avec enthousiasme que je me suis inscrite à Masse Critique, dans l’espoir de recevoir « les métiers de nos grands-mères ». Et bingo, je l’ai reçu! chat_qui_chante
Commençons par son aspect « extérieur »: c’est un très beau livre au format « livre d’art » avec une très grande quantité de photos magnifiques et grandes (voire très grandes), ce que j’apprécie particulièrement. J’adore scruter telle ou telle photo pour voir les détails, observer les expressions des visages, les vêtements, l’environnement…

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Pour ce qui est du sujet traité, bien comme son nom l’indique il parle des métiers exercés par les femmes autrefois. L’auteur décrit avec beaucoup de minutie ce en quoi ils consistaient, les outils utilisés, parfois les différentes étapes à franchir afin d’obtenir un résultat et il en décrit les variantes en fonction de chaque département autant que faire se peut. Pour moi qui adore les détails de chaque activité, c’est tout simplement merveilleux. 🙂

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De plus, il est très simple de se repérer dans le livre puisque les activités sont classées par ordre alphabétique. Un petit onglet situé en haut à droite et à gauche indique où l’on en est.

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Quelque chose m’a très fortement interpelée à la vue de ces femmes de 1900: leur différence par rapport à celles de maintenant. Ça peut sembler stupide à dire comme ça, mais j’ai constaté que les femmes de cette époque étaient plus rondes que maintenant et au fur et à mesure que l’âge et les grossesses passaient, elles prenaient du poids. Vous allez me dire « maintenant aussi! ». Oui certes, mais la norme actuelle est à la minceur, on n’entend parler que de régimes à gauche à droite et même les femmes enceintes se doivent de ne pas prendre trop de poids sous peine de se faire mal voir. Alors que sur ces photos, la norme est tout à fait contraire…
J’ai remarqué également que les femmes avaient beaucoup de rides à 60 ans et plus, et c’était aussi tout à fait normal.

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Alors qu’aujourd’hui, une femme de 60 ans et plus se doit de ressembler à ça:

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Photo de Jane Fonda prise là

C’est pas vraiment le même visage… Ces photos m’ont permis de réaliser à quel point les choses avaient évolué entre temps.
En résumé, si vous êtes intéressé/e par les livres décrivant les us et coutumes « d’avant », ce livre fera votre bonheur comme il a fait le mien.  pouce

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Fières d’être putes

Je fais la critique de « Fières d’être putes » de Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser suite à mon inscription à Masse Critique sur le site Babelio. J’ai eu la chance d’être sélectionnée pour recevoir deux livres, dont celui-ci. Je parlerai plus tard de l’autre livre. 🙂

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La « forme » pour commencer. C’est la première fois que j’avais entre les mains un livre de L’Altiplano. Je l’ai trouvé très agréable, la couverture est douce et le texte est imprimé en caractères un chouïa plus grands que d’habitude, ce qui le rend facile à lire. De plus, le livre est à peine plus grand qu’un livre de poche « habituel », il est donc très pratique à transporter.

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Comme vous pouvez le voir, j’ai un paquet de choses à dire!

Passons maintenant au « fond ». La quatrième de couverture: Non, nous n’avons pas de proxénètes. Non, nous n’avons pas été violées dans notre enfance, ni par la suite. Non, nous ne sommes pas toxicomanes. Non, nous n’avons jamais été forcées de nous prostituer. Non, nous n’avons pas d’angoisse post-traumatique. Non, nous ne sommes pas malheureuses. Oui, nous avons une vie sentimentale. Oui, nous avons des amies et des amants. Oui, nous sommes engagées dans la lutte contre les discriminations. Oui, nous exerçons un métier stigmatisé. Oui, nous avons choisi ce métier. Oui, nous voulons les mêmes droits que tous les citoyens de ce pays. NOUS SOMMES DES PUTES ET NOUS EN SOMMES FIÈRES!

Le thème du bouquin pourra certainement choquer les plus prudes (surtout que le langage est souvent cru), mais moi pas tellement. Je me suis inscrite pour recevoir ce livre car le thème de la prostitution est un thème qui m’interpelle, j’ai étudié les mécanismes de la discrimination, les moyens employés par les individus pour lutter contre les sentiments négatifs qu’elle engendre mais également les effets positifs qu’elle peut avoir (oui oui, ça existe! ^^), et évidemment les « putes » sont des individus qui y sont très fortement exposés.

De plus, j’ai également suivi une conférence sur le thème de la traite des blanches, ses mythes et ses réalités, et cette problématique est évoquée dans le livre.

Cependant, j’ai été franchement très déçue par « fières… ». Je m’attendais plutôt à un témoignage sur leur vie et à leurs remarques sur la société. Je me suis retrouvée en face d’un livre très mal construit avec attaques personnelles à la pelle, amertume et esprit revanchard.

Très mal construit car les mêmes arguments reviennent tout le temps, j’ai lu quatre ou cinq fois les mêmes sur ce court livre de 120 pages. Ajoutez à cela que les auteurs passent sans arrêt du coq à l’âne et vous aurez une idée du fouillis que cela engendre.

De plus, des éléments dont on ne comprend pas l’intérêt sont ajoutés en plein milieu d’autres arguments avec un lien de cause à effet tiré par les cheveux. D’ailleurs, certains arguments m’ont semblé fumeux à souhait. Par exemple, page 54: « La deuxième loi le plus sexiste qui a été votée sous le gouvernement de droite est passée non plus simplement grâce à la passivité complice des mouvements féministes officiels, mais avec leur complet soutien, voire à leur initiative. Il s’agit de la loi interdisant le port de signes religieux à l’école, qui vise directement les filles musulmanes et qui les exclut du droit à l’éducation. La priorité des mouvements féministes officiels, de nombreuses associations du CNDF, a été de lutter contre des femmes: les putes et les musulmanes souhaitant porter le voile. » Vous voyez un lien direct entre les deux vous? Moi pas.

Ou alors je suis tombée sur certains passages me laissant songeuse, par exemple celui où les auteurs parlent de ceux qui veulent abolir la prostitution: « ils nient donc le choix d’une personne de se prostituer ou l’affirmation de fierté homosexuelle. Ils découragent les jeunes de se diriger vers ces voies, les éduquent pour qu’ils refusent ce genre de sexualité. » Ce qui me pose problème ici, c’est qu’il est sous-entendu qu’on choisit de devenir homosexuel… alors que c’est plutôt le contraire. Ça me rappelle des arguments employés justement par les homophobes qui disent qu’on « devient pédé », entre autres.

Amertume car il semblerait que les auteurs en veuillent à mort à tout le monde, personne ne trouve grâce à leurs yeux sauf leur propre organisation. Les « féministes »? Des salopes qui ne comprennent rien! Les partis politiques? Tous des enfoirés! Les psychiatres, les personnels de soins, les flics? Tous des salopards qui nous en veulent! Les sociologues? Tous des gros abrutis qui ne comprennent rien à la prostitution parce que leurs enquêtes sons biaisées! Mais s’ils essayent de savoir ce qu’il en est vraiment, ils peuvent aller se faire voir car il faut pas leur répondre! Paradoxal non?
En gros, ce qu’on lit dans ce bouquin c’est « nous les putes » opposé à « tous les autres ». On retrouve même à plusieurs reprises le terme « d’ennemis »!

Enfin, esprit revanchard car le nombre d’attaques personnelles est plutôt élevé et les auteurs insistent lourdement sur le fait que Machin ou Truc soit une garce/ un pauvre con. Et vas-y que j’en rajoute une couche, encore et encore. Saoulant… Le pire, c’est que page 58 il est dit que « les expressions trahissent une pensée. Il est donc important de savoir choisir ses mots, de savoir ce que chaque terme employé renvoie comme sens dans le cadre actuel des débats autour de la prostitution. » Que n’ont-ils justement fait ça plutôt que craché leur fiel???
Un exemple d’attaque plutôt générale contre les « féministes »: « Remettez d’abord en cause vos propres rapports hétérosexuels dans le cadre du mariage ou ailleurs et on pourra discuter de ce qu’est réellement l’oppression dans la sexualité gratuite ou vénale« . Parce qu’évidemment, une féministe mariée est forcément dominée par son conjoint… hallucinant.

Pour terminer cette critique, je trouve également dommage que le livre soit déjà presque obsolète à sa sortie. Il parle encore de l’UDF et de la campagne des présidentielles alors que tout cela est déjà bien loin derrière nous.

Comme vous l’aurez compris, je ne conseille donc pas ce livre. S’il avait été mieux construit, plus objectif, il aurait été très intéressant mais en l’état actuel des choses, c’est plus une lettre d’insultes qu’autre chose… Le côté « fière » est complètement évincé par le côté « tous des enflures », on ne ressent pas beaucoup d’émotions positives à sa lecture.

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