Archives de Catégorie: Fragments

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Shi est le seul protagoniste de cette pitoyable histoire à avoir vraiment choisi. Je veux dire : effectué des choix, à rebrousse-poil du destin qui voulait lui imposer des catastrophes. À plusieurs reprises, je l’ai vu tout brûler sous ses pas pour sauver ce à quoi il avait décidé de tenir. Il a tout donné à une science, tout perdu pour un ami et tout risqué pour une femme. Bien sûr, encore plus que d’une grande âme, ce genre d’attitude procède d’une grande chance. La première chance de shi résidait dans sa capacité innée à vouloir. Vouloir n’est pas donné à tout le monde. Il faut naître avec des yeux qui voient clair, un cerveau qui décide vite et des bras assez puissants pour agir. Par là-dessus, il faut suffisamment de talent pour que ce que vous voulez, que ce soit une femme, une amitié ou un science, veuille aussi de vous. Et il faut encore la dose suffisante d’orgueil pour estimer que cette science, cette amitié ou cette femme vaut la peine qu’on se donne puisqu’elle est choisie par vous. L’ensemble de ces qualités fait de shi une espèce peu commune. Vous comprenez maintenant pourquoi je n’ai pas donné à cet homme le rôle principal de mon histoire : trop de perfection fatigue.

Le Goût de l’immortalité, de Catherine Dufour

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Le Blanc est très malin. Il est venu tranquillement et paisiblement avec sa religion. Nous nous sommes amusés de sa sottise et nous lui avons permis de rester. Maintenant il a conquis nos frères, et notre clan ne peut plus agir comme un seul homme. Il a placé un couteau sur les choses qui nous tenaient ensemble et nous sommes tombés en morceaux.

Le monde s’effondre, de Chinua Achebe

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A sa connaissance, il existait à Vienne pas moins de cinq organisations d’adeptes du suicide : le Cercle de la Clé des Champs, le Club des Découragés à Mort, le Club des Lassés de la Vie, le Cercle des Dégoûtés de l’Existence et le Club des Amis de l’As de Trèfle. Le but avoué de ces associations, toutes illégales, était de s’aider à s’entre-tuer proprement afin d’éviter le scandale et les enquêtes judiciaires.

Même le mal se fait bien, de Michel Folco

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Tout ce qui est en dehors de la ligne étroite soi-disant normale de leur vie provoque d’abord la curiosité, puis la malveillance des gens.

La pitié dangereuse, de Stefan Zweig

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Je ne pouvais me persuader que les hommes et les femmes que je rencontrais n’étaient pas aussi un autre genre, passablement humain, de monstres, d’animaux à demi formés selon l’apparence extérieure d’une âme humaine, et que bientôt ils allaient revenir à l’animalité première, et laisser voir tour à tour telle ou telle marque de bestialité atavique.

L’île du docteur Moreau, de H.G. Wells

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« Je suis devenu ce que je suis aujourd’hui à l’âge de douze ans, par un jour glacial et nuageux de l’hiver 1975. Je revois encore cet instant précis où, tapi derrière le mur de terre à demi éboulé, j’ai jeté un regard furtif dans l’impasse située près de ruisseau gelé. La scène date d’il y a longtemps mais, je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé: il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je n’ai cessé de fixer cette ruelle désert depuis vint-six ans. »

Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini

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« Un beau matin, il ne put reconnaître le vieillard à tête blanche et aux gestes peu assurés qui pénétra dans sa chambre. C’était Prudencia Aguilar. Lorsqu’il l’identifia enfin, étonné que les morts vieillissent eux aussi, José Arcadio Buendia se sentit tout retourné par la nostalgie. « Prudencio! s’exclama-t-il. Comment as-tu fait ton compte pour venir de si loin jusqu’ici? » Après un grand nombre d’années passées dans la mort, le regret du monde des vivants était si aigu, le besoin de compagnie si pressant, et si atterrante la proximité de l’autre mort à l’intérieur de la mort, que Prudencio Aguilar avait fini par aimer son pire ennemi. Il devait rester longtemps à le chercher sans succès. Il enquêtait sur lui auprès des morts de Riohacha, des morts en provenance de la vallée de Upar, de ceux qui arrivaient du marigot, et nul ne lui donnait de ses nouvelles pour la bonne raison que Macondo était un village inconnu des morts, jusqu’au jour où Melquiades arriva qui signala sa position par un petit point noir sur les cartes barriolées de la mort. »

Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez

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