Confessions d’un thug, de Philip Meadows Taylor

Dans le genre « la SF c’est bien mais la fiction a toujours une longueur de retard sur la réalité », je demande le thugisme (à prononcer « feuguisme »).

Je sais, pour un francophone ça n’évoque rien du tout ou presque.  Mais en fait, vous avez déjà certainement été en contact avec le thugisme, sans le savoir. Je m’explique.

Vous avez déjà vu Indiana Jones et le Temple Maudit ? Vous vous souvenez de la scène du sacrifice humain où on pauvre gars se fait arracher le coeur puis envoyer dans un vortex de lave ? Oui ? Eh bien voilà, vous y êtes. La secte de tarés au goût très sûr pour les accessoires de mode (oh les jolies cornes ! ), c’est une représentation de la secte des thugs. Très éloignée de celle ayant existé (ou potentiellement existé, apparemment il y a débat sur son existence ou pas), mais quand même.

La version « spielbergo-lucasienne » a embelli un peu le tableau (façon de parler) en rajoutant le decorum et en assimilant quelques éléments plutôt venus d’Amérique pré-latine comme l’arrachage de coeur devant une foule subjuguée.

Mais dans l’ensemble, on peut dire qu’ils ont bien choisi leur thème car les thugs étaient bel et bien une secte  secrète d’assassins ayant sévi en Inde pendant des siècles, vouant un culte à la déesse Kali et zigouillant à peu de chose près tout ce qui leur passait entre les mains.

Des gars bien sympathiques quoi, qui d’ailleurs avaient souvent l’air fort urbains, toujours prêts à vous donner un coup de main. Au sens propre du terme. Car pour rendre hommage à Kali et conserver sa protection, il fallait qu’ils ne versent pas le sang de leurs victimes… ce qui voulait dire les étrangler en leur brisant plus ou moins la nuque.

« Confessions d’un thug » raconte donc au XIX° sicèle la vie d’un thug, Amir Ali de son petit nom. De l’assassinat de ses propres parents par des thugs à son ascension à de hauts postes au sein de la confrérie, avant sa chute et sa capture par les anglais (cherchant à éradiquer la secte par tous les moyens).

C’est une lecture très agréable mais en même temps très étrange car on a l’impression de lire un roman d’aventures classique. Alexandre Dumas aurait tout à fait pu faire cette histoire, excepté les « petits » détails rappelant au lecteur que le type qui raconte sa vie a pour profession de tuer les gens.

Un instant on est en train de lire une description qui fait très « Inde éternelle », et le suivant on en est à la description de « comment découper et planquer un cadavre ». Déstabilisant.

Le discours du père adoptif d’Amir Ali lors de son « entrée en fonction » est un bon exemple de ce cas de figure :

Mon fils, tu as embrassé la profession la plus ancienne et la plus agréable à la divinité. Tu as juré d’être fidèle, brave et discret. Tu as juré de poursuivre la destruction de tout être vivant qui, par harsard ou par ruse, tombera en ton pouvoir, à l’exception de ceux qu’interdisent de tuer les lois de notre secte, et qui doivent nous être sacrés. Ce sont des sectes sur lesquelles ne s’étend pas notre pouvoir, et dont le sacrifice n’est pas agréable à notre divine maîtresse. Tels sont les blanchisseurs, les poètes, les Sikhs, les nanukshahis, les fakirs, les danseurs, les musiciens, les balayeurs, ceux qui pressent l’huile, les forgerons, les charpentiers et tous les blessés ou infirmes, ainsi que les lépreux. A ces exceptions près, toute la race des hommes est offerte à ton pouvoir d’anéantissement et tu ne dois éviter aucune possibilité de les détruire, sans oublier cependant de t’appuyer sur les présages. J’ai terminé. Tu es devenu un thug.

Hommes, femmes, enfants, tout le monde y passe. Peu importe l’âge des victimes, leur condition, leurs qualités, même le lien affectif entre le bourreau et sa victime, tout cela est secondaire. On voit ainsi défiler dans le roman des personnages extraordinaires, des héros, des femmes éprises d’Amir Ali qui finissent trucidés lamentablement et sans gloire parce que Kali le veut.

Enfin, personnellement j’ai trouvé que Philip Meadows Taylor avait vraiment bien rendu la psychologie d’Amir Ali. Cet homme capable d’adorer sa famille et de protéger ses proches tout en hésitant pas à tuer ceux mettant en danger sa couverture de marchand paisible (y compris une femme qui l’attire) est extrêmement complexe et imprévisible. Au final on ne sait toujours pas qui il est vraiment (un proto tueur en série ?), mais ses va-et-vient entre une certaine normalité et un abysse de froideur sont absolument fascinants.

Au final, « Confessions d’un thug » évoque les contes des Mille et Une Nuits avec le même dépaysement, tout en se lisant comme un Invanhoé ou les Trois Mousquetaires. Juste assez éloigné de nos repères habituels pour nous captiver et juste assez proche de nos références culturelles pour que nous puissions suivre l’histoire.

L’image de Kali a honteusement été pompée sur la page de Wikipédia consacrée aux thugs. On y apprend entre autres le mythe fondateur de la secte, qui explique pourquoi le sang des victimes ne doit surtout pas être versé. Intéressant. ^^

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4 Commentaires

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4 réponses à “Confessions d’un thug, de Philip Meadows Taylor

  1. oh lallalala cette scene d’indiana jones! elle est culte ( je me rappelle l’avoir « refaite » en jouant avec mes frangins ! )

    et puis comme d’hab: ta critique est vraiment très détaillée. chapeau!

  2. Karine

    « Refaite » ? Rassure-moi, vous n’aviez pas d’objets tranchants sous la main ? 😉

  3. thug

    ha-ha vous être drôles

  4. Hello.Alain

    Hello.Alain. Je ne sais pas s’il est très opportun de nous faire part âgée une vidéo avec Harrison fjord dans un film surrane et médiocre, mais mercis (bcp) tout de même. Alire pour vous. La secte secrète des thugs du colonel sleeman chez PAYOT 1934

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