Le Goût de l’immortalité, de Catherine Dufour

Ça va être difficile de résumer un minimum ce roman et la quatrième de couverture ne me semble pas du tout rendre l’intérêt évoqué par cette oeuvre. Mais je la mets quand même, sans ça vous n’allez rien y comprendre :

Mandchourie, en l’an 2213 : la ville de Ha Rebin dresse des tours de huit kilomètres de haut dans un ciel jaune de pollution. Dans les caves grouille la multitude des damnés de la société, les suburbains. Une maladie qu’on croyait éradiquée réapparaît. Cmatic est chargé par une transnationale d’enquêter sur trois cas. Une adolescente étrange le conduira à travers l’enfer d’un monde déliquescent, vers ce qui pourrait être un rêve d’immortalité. Mais vaut-il la peine d’être immortel sur une Terre en perdition ?

Voilà. Vous avez maintenant en tête une certaine image du bouquin. C’est bien, oubliez-la complètement. Car  non seulement tout cela est bien secondaire mais surtout « le Goût de l’immortalité » est bien plus que ça. Je dirais même que c’est le roman de SF le plus créatif que j’ai lu depuis un ptit bout de temps (dix ans à la grosse louche).

Catherine Dufour a utilisé les armes habituelles de l’écrivain de SF. Elle a placé son histoire dans le futur, créé du vocabulaire pour décrire des objets/situations qui nous sont inconnus, a détourné des références qui nous sont connues en situations complètement inédites et bizarres, et pour bien parachever le tout elle s’est basée sur des prémisses actuels pour créer un monde totalement différent du nôtre mais qui nous apparaît tout à fait cohérent. Jusque là, rien de bien nouveau sous le soleil.

Là où elle a vraiment réalisé un travail hors-norme, c’est qu’elle a aussi modifié la forme du texte, ce qui est très déstabilisant quand vous commencez votre lecture. Oubliez les majuscules aux endroits habituels, rajoutez-en aux endroits inhabituels, et aérez le texte (ou pas) de manière étrange. Vous avez entre les mains un objet-imprimé-à-lire-absolument.

(Ayons aussi une pensée pour ceux qui se sont « amusés » à retranscrire le manuscrit, ils ont aussi fait un travail extraordinaire )

Ce n’est pas très facile de rentrer dans le roman et j’ai dû m’y reprendre à deux fois avant de vraiment accrocher car ces changements sont particulièrement déroutants. Mais une fois que vous avez succombé à l’envoûtement vous êtes fichu(e), fasciné(e) par la richesse de cet univers.

Il m’est arrivé quelques fois de m’y perdre et de ne plus comprendre les liens entre les personnages, les lieux ou les périodes évoquées. Mais à vrai dire, moi la maniaque de la clarté dans les livres (entre autres ^^; ) n’ai pas trouvé ça tellement dérangeant. La lecture du « goût de l’immortalité » est une expérience en elle-même, le reste importe peu.

Pour terminer, mon conseil : si vous ne devez lire qu’un seul livre de SF cette année : lisez celui-ci !* Il vaut vraiment le détour, même s’il n’est pas facile d’accès et qu’il peut vous rebuter de prime abord.

Rendons à Lhisbei ce qui est à Lhisbei, c’est grâce à elle que je suis tombée sur cet ouvrage. Merci à toi vénérée fan de SF !

* Sauf si vous n’avez jamais lu « Dune » de Frank Herbert, bien évidemment. Dans ce cas-là, lisez Dune !

(D’accord, c’est aussi possible de lire un autre classique de la SF si vous voulez… 😉 )

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8 Commentaires

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8 réponses à “Le Goût de l’immortalité, de Catherine Dufour

  1. Mais euh, arrête avec tes conclusions dithyrambiques sur Franck Herbert et « Dune », va falloir que je le relise pour me (re)-faire une idée, vu que j’avais posément détesté la première fois !!

    Et pour celui-ci, vu ta critique, je suis partagée… je suis du genre à vite laisser tomber si j’accroche pas…, donc… à voir si j’ai le bonheur de tomber dessus…

  2. Karine

    Bah c’est pas grave si t’as pas aimé « Dune », je te pardonne. XD

    Si tu veux je te prête le mien de « Goût de l’immortalité », comme ça t’auras pas perdu des sous pour rien si tu n’accroches vraiment pas. 😀

  3. D’accord à 200 000 % avec ton avis (le contraire eût été étonnant lol).

    dans le genre expérience de lecture SF tu peux aussi lire Chroniques du Pays des Mères de Elisabeth Vonarburg si ce n’est déjà fait 🙂

  4. Karine

    Lhisbei c’est pas bien de me re-tenter ! 😀

  5. Pingback: DUFOUR Catherine – Le goût de l’immortalité « Livrement

  6. Avez vous lu les fleurspour Algernon de Keyes Daniel
    le debut est aussi sans majuscule en phonetique sans point sans virgule mais c’est un super classique de la SF

  7. Karine

    Oui, il y a quelques mois de ça. 😀

    L’évolution de l’écriture du narrateur est fascinante ! Et quel drame de voir qu’il sait ce qui l’attend sans pouvoir rien y faire…

    Par contre le roman commence à vieillir et les connaissances scientifiques ont bien évolué depuis, ce qui rend une partie de l’histoire tout à fait invraisemblable.
    J’ai aussi peu aimé le lien fait entre intelligence et sentiment de mépris/supériorité.

    Mais clairement, c’est un grand classique qu’il faut lire. 😉

  8. L’histoire en parle beaucoup et les idées sont bien construites.

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