Même le mal se fait bien, de Michel Folco

Lors d’une des opérations « Masse critique » de Babelio, j’ai espéré recevoir ce roman mais je n’ai pas été sélectionnée. Heureusement que la bibliothèque communale a très bon goût, j’ai ainsi pu l’emprunter! 😉

Étrangement, le hasard a voulu que je lise ce roman situé dans l’empire austro-hongrois, juste après avoir terminé « La pitié dangereuse » qui se passe dans ce même empire et qui en relate aussi la fin. 🙂

La quatrième de couverture, pour ne pas changer:

Marcello Tricotin, maître d’école revanchard, n’a de passion que pour les araignées. Il se faufile de son mieux sur le champ de bataille où s’affrontent un maire et son propre père, médecin atrabilaire et libre penseur. Marcello Tricotin, en ce début de XXe siècle, n’aspire qu’à poursuivre sa vie monotone au creux de la vallée du Piémont qui l’a vu naître. Mais les histoires de famille sont effroyables. A cause de l’ulcère gastro-duénale paternel et d’une clause testamentaire résolument tordue, Marcello Tricotin, le plus casanier et le plus timoré des hommes, est contraint d’entreprendre un périple mouvementé à travers le royaume austro-hongrois. Il y découvre qu’il est un authentique fils de pute et propriétaire d’un bordel presque chic. Il rencontrera Sigmund Freud. Il sera frappé par la foudre céleste. Et il séjournera même, quinze minutes durant, à quinze mètres de fond, dans les eaux du Danube. Tout cela s’achèvera par une vengeance exemplaire, édifiante et radicale. Accessoirement, l’abominable voyage de Marcello permet la résolution d’un mystère scientifique de premier ordre, dévoilant enfin aux historiens ébahis l’identité du douanier impérial et royal à la retraite Aloïs Schickelgruber-Hitler.

Cela fait plus de dix ans que j’ai découvert Michel Folco, grâce à « Dieu et nous seuls pouvons ». J’ai été absolument emballée par son écriture, son humour noir, son cynisme, et en même temps son érudition. Puis j’ai lu « Un loup est un loup », que j’ai moins aimé. « En avant comme avant! » a suivi mais je n’ai pas du tout accroché, au point qu’aujourd’hui je suis incapable de me souvenir de quoi que ce soit. Néanmoins, je lis toujours les nouveaux tomes de cette longue série concernant les Pibrac et les Tricotin, dans l’espoir de retrouver le même plaisir de lecture que durant celle de « Dieu et nous seuls pouvons ». coeur

Et cette fois-ci, la magie est réapparue avec « Même le mal se fait bien ». J’ai ri à la lecture de certains passages, grimacé à certaines descriptions, été écoeurée par moments, mais j’ai toujours été enchantée malgré tout cela. Enfin un roman vivant!

Il y a plusieurs termes qui me viennent à l’esprit quand j’y repense : jouissif ; truculent ; inventif ; instructif ; cruel ;  cru ; blasphématoire.

Jouissif et truculent car les personnages se livrent aux pires vicissitudes et osent dire ce que souvent nous n’osons  même pas murmurer. Folco porte un regard aigu sur nos défauts, nos échappatoires, nos lâchetés quotidiennes… « ses » Tricotin sont un remède à tout ça. Eux foncent dans le tas, après eux le déluge! Une épouse emmerdante? Elle se fait envoyer paître. Les personnes influentes du village ont fait un sale coup à Marcello? Sa vengeance sera un plat servi gelé. Il s’ennuie chez lui? Qu’à cela ne tienne, il s’en va vivre quelques temps au bordel qu’il possède. On ne s’ennuie pas avec ces personnages et on s’amuse à voir leurs sales coups réalisés en dépit de la morale ou de la décence. 😀

Inventif car le roman est aussi créatif tant sur la forme que sur le fond. Il est parsemé de néologismes (« la matière merdificatoire ») et de péripéties toutes plus hallucinantes les unes que les autres… tout en se basant sur la réalité la plus stricte. On apprend beaucoup au cours de cette lecture. Sur les araignées (les grosses tégénaires), les termites, les pillages effectués par l’armée napoléonienne, la momification,  la science au XIX° siècle, l’histoire et la géographie de l’empire austro-hongrois, les expériences de mort imminente… et j’en passe. Une vraie mine d’or.

Cruel et très cru car Michel Folco n’est pas tendre dans ses romans et il n’hésite pas à malmener ses personnages en même temps que son lecteur. L’exemple le plus frappant est le passage où il décrit l’embaumement du Général Charlemagne Tricotin, trucidé dès l’introduction… alors qu’il vient tout juste de se marier. On y apprend ainsi quelques détails bien peu ragoûtants sur le processus de momification en lui-même, tout en découvrant si on n’est pas au courant la façon dont le corps humain se comporte après la mort. On a le bruit et l’odeur en quelque sorte. Cela peut faire grincer des dents, soulever le coeur… ou rigoler. Tout dépend du lecteur et de sa sensibilité. Mais les plus sensibles seront certainement très vites écoeurés, car Folco ne s’arrête pas en si bon chemin. La scène d’amputation est pas mal dans le genre.

Enfin, blasphématoire car les Tricotin ne portant pas l’Eglise et ses représentants dans leur coeur, ils n’hésitent pas à attaquer ces derniers tous azimuts et à mordre joyeusement dans la pomme. Difficile d’être plus anticlérical. L’agonie de Carolus Tricotin est ainsi rendue particulièrement comique car tandis que le curé de la paroisse ne pense qu’au salut de l’âme du mourant, ce dernier s’amuse à faire tourner le prêtre en bourrique une dernière fois.

Cet opus est en résumé un très bon cru, même si je considère que le meilleur de la série reste « Dieu et nous seuls pouvons », qui raconte la saga des bourreaux Pibrac (vous l’aurez compris ^^ ).

D’autres critiques par là. 🙂

P.S: Eh, pssssstttt, les gens de chez Stock! Le roman est truffé de fautes d’orthographe, de grammaire et de conjugaison. « Glaçé » avec une cédille, « ils était »… c’est pas des coquilles à ce niveau-là, plutôt des continents! 😦

Tiens, je viens de découvrir que « Même le mal se fait bien » était sorti en poche. Une raison supplémentaire pour mettre la main dessus! 😉

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Emprunts à la bibliothèque

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s