The Terror, de Dan Simmons

Edit encore: image chargée! Youhou! 😀

Dan Simmons a choisi pour son dernier opus de se baser sur une histoire vraie: la tragique disparition, corps et biens, de l’expédition Franklin et de ses 129 hommes, ainsi que de leurs navires, les HMS Terror et Erebus.

Partie d’Angleterre en 1845 afin de trouver le mythique passage du Nord-Ouest (qui permettrait de passer de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique sans avoir à faire le tour du globe), on n’en a jamais revu aucun membre vivant. Pourtant, de très nombreuses expéditions ont été montées dans le but de les secourir, puis ensuite de comprendre ce qui avait bien pu se passer. On n’a pu seulement retrouver un peu de matériel, quelques ossements indiquant que l’équipage avait eu recours au cannibalisme, et quelques témoignages d’inuits ayant croisé les survivants qui tentaient de quitter l’enfer blanc de l’Arctique.

Cependant, ces quelques artéfacts ont permis d’en arriver à la conclusion que ces hommes étaient morts de différentes causes: non seulement de faim, de froid et de soif, mais également de scorbut, de pneumonie, de tuberculose, de botulisme et d’empoisonnement au plomb. Et très certainement de préjugés, ces derniers les ayant empêché de suivre le mode de vie des inuits croisés en chemin (en même temps, vu toutes les maladies qu’ils traînaient, leurs capacités intellectuelles ne devaient plus être très bonnes…).

C’est là que Dan Simmons intervient. Dans « The Terror », il ajoute une autre cause, encore plus terrifiante que celles déjà évoquées: une Chose dévoreuse d’homme, intelligente et invincible. Cette horreur, surnommée la « Terreur », décime de manière absolument sadique et déterminée l’équipage, sans raison apparente.

Pour dire simplement les choses: j’ai été absolument emballée par ce livre! Il n’y a pas à dire, après avoir lu plusieurs romans de Simmons, on ne peut que constater la capacité de cet auteur a créer des monstres absolument terrifiants, qu’ils soient humains ou… « autres ». Entre le Gritch, les vampires, les morts-vivants et la Chose, on peut dire qu’il est d’une efficacité à toute épreuve!

Néanmoins, la force de ce roman ce n’est pas seulement cette bestiole monstrueuse, mais bel et bien l’effort réalisé par Simmons afin de décrire l’expédition Franklin telle qu’il l’a imaginée en se basant sur des faits. Par exemple, il existe réellement des tombes de membres de l’équipage sur l’Île de Beechey, et la note enfouie sous un cairn réalisé à la base par John Ross a également été retrouvée par des équipes de recherche.

De plus, l’éventail de sentiments ressentis par des hommes dans ces conditions extrêmes est bien décrit. L’inquiétude, la peur, la folie provoquée entre autres par le scorbut, le désespoir, la colère, les regrets sur ce qu’on aurait dû faire ou ne pas faire… Tout ces sentiments contribuent à l’aspect angoissant du roman, il est facile de se mettre dans la peau de certains personnages et de ressentir cette impression d’enfermement (cela est d’autant plus vrai que chaque chapitre représente le point de vue d’un membre de l’équipage).

A vrai dire, je pense même que la Chose est presque superflue tellement le vécu de ces hommes a dû être épouvantable. Coincés dans la glace pendant plusieurs années, voyant leurs stocks de nourriture disparaître peu à peu, constatant chaque jour un peu plus le lent travail de destruction de la glace sur le navire (voyant par là-même s’envoler leurs espoirs de retour), et victimes de maladies qu’ils comprenaient bien peu… C’est certainement le plus dramatique de cette expédition, et Dan Simmons arrive à nous faire vivre au jour le jour la lente dégradation des membres du Terror et de l’Erebus. Certes, il a introduit un monstre dans cette histoire… mais il n’en a pas pour autant négligé les autres aspects de la fin de l’expédition Franklin.

Il sait tout aussi bien ménager le mystère, et on ne cesse de se demander qui sont Lady Silence, l’homme qui l’accompagnait, et s’ils ont un lien avec l’Horreur dehors. Et alors qu’on sait dès le début la fin « officielle » de l’équipage, on se triture malgré tout les méninges en  cherchant ce qui va se passer, si Simmons a « changé » la réalité, s’il l’a laissée à l’identique, et quelle explication il a bien pu trouver à tout ça. Alors on se retrouve dans l’incapacité de s’arrêter de lire, et on se retrouve à la moitié de ce pavé sans savoir comment on a fait…

Cependant, j’ai trouvé que quelques passages étaient un peu agaçants: ceux où il « étale sa culture » concernant la période à laquelle ce drame s’est déroulé. Je n’ai pas trouvé le Carnaval et son allusion au « Masque de la Mort Rouge » de Poe particulièrement pertinent, et j’ai failli sauter le chapitre où il nous décrit par le menu la théorie de l’évolution de Darwin. Pour cette dernière, je me suis néanmoins demandée s’il ne faisait pas cet exposé à l’intention de son lectorat américain, « bouffé » depuis quelques années par des théories de l’évolution très religieuses. C’est en tout cas l’hypothèse que j’ai retenue en lisant ce chapitre. Enfin, les rêves de Crozier trouvent une explication à la fin du roman… mais si on tient vraiment à les comprendre, il faut se renseigner sur tout ce qui entoure l’expédition Franklin (elle semble très connue dans le monde anglo-saxon). Sans cela, c’est incompréhensible.

Pour en finir, j’ai une ou deux remarques à faire sur la version originale du livre. ça n’a pas été une mince affaire à lire… entre le langage naval que je connais très peu, et tout ce qui concerne la glace, j’en ai franchement bavé. D’autant plus qu’une fois traduits, je ne connaissais presque pas non plus les termes employés en français. Par exemple, je n’ai pas été bien avancée une fois que j’ai su que « caulker » signifiait « calfat »… J’ai donc consacré un temps important à parcourir mes dictionnaires afin de m’y retrouver, ce qui ne rendait pas vraiment la lecture agréable. Je déconseille donc le roman en VO si vous avez un niveau d’anglais faible, ou si vous n’aimez pas vous arrêter pour savoir de quoi il retourne.

Je déconseille aussi mon édition, « Bantam books », truffée de coquilles. C’est déjà assez dur de comprendre certains passages sans en plus devoir remettre les lettres dans le bon ordre et les mots manquants à leur place…

Mais pour terminer sur une note positive, si vous aimez les romans avec des monstres dévoreurs d’hommes, mais également les romans d’exploration, vous devriez être servis! 😉

Quelques liens intéressants:

Enfin, le Canada a décidé cette année de monter une nouvelle équipe de recherche afin de retrouver les HMS Terror et Erebus, coulés depuis longtemps. Cela est rendu possible « grâce » à la fonte avancée du Pôle Nord (vive le réchauffement climatique! :-/ ).

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18 Commentaires

Classé dans En anglais, Ma bibliothèque

18 réponses à “The Terror, de Dan Simmons

  1. Ton billet très intéressant donne un aperçu exhaustif du roman : je ne pense pas que je le lirai (encore que… mais ça m’ennuie de connaître déjà la fin, puisqu’on sait dès le départ ce qu’il est advenu de cette expédition !), mais au moins me voilà bien renseignée sur un livre qui m’intriguait un peu !

  2. Youplala

    A ton service! 😉

    Néanmoins… même si on connaît la fin, on ne la connaît pas forcément. Et le déroulement de l’histoire est super prenant. 😀

  3. Uh, uh faut absolument que je me le dégote…

    Il me fait penser à un opus de Serge Brussolo, dont l’intrigue se déroule également sur un bateau, coincé dans les glaces de l’Antarctique… je crois que c’est « Iceberg Ltd. » ou quelque chose d’approchant… si le thème t’intéresse…

  4. Youplala

    En fait, ce qui m’a tant plu dans « The Terror », c’est le fait que l’histoire se base sur une réalité (sur une exploration qui plus est, j’adore ce genre de roman).
    Brussolo fait pareil ou c’est de l’imagination pure? 😀

  5. Bah non, je ne suis pas friande de monstres dévoreurs d’hommes (quoique, si ce sont des gros machos racistes…). Je n’ai vu que des avis positifs sur ce roman, que je ne consentirai à lire qu’au cœur de l’été (parce que je me les gèle suffisamment comme ça en ce moment pour en rajouter !). C’est une bonne idée d’ajouter les liens vers le vocabulaire marin. Ça me rappelle ma lecture des Liveship Traders de Robin Hobb, où je ne comprenais pas tout en anglais, mais en français non plus, sûrement !

  6. Je vais le dévorer bientôt alors je parcours ton billet rapidement. Bon, ça semble génial (encore une fois)! Vivement cette lecture !

  7. Youplala

    Ne t’en fais pas, je n’ai pas parlé de la fin dans mon billet, ta lecture ne sera pas gâchée. Bonne dégustation! 😉

  8. Merci pour tous ces liens si intéressants !
    Je viens de terminer le livre, j’ai mis le temps, je me délectais de chaque page…
    Et maintenant je suis avide de toute info sur cette expédition, sur Crozier, sur les esquimauds et leurs croyances… je me pose pas mal de questions d’interprétation, je pense qu’il y a beaucoup plus à lire entre les lignes (beaucoup de symboles, de corrélations au sein même du livre). D’ailleurs, Dan Simmons apprécie Proust…
    Peux-tu me recommander d’autres liens pour aller un peu plus loin ?
    Et bien sûr, je suis intéressée par la traduction des propos du vieil homme qui accompagne Silence.
    Merci encore !

  9. Youpi, Youpi, je viens de me le dégoter tout neuf sur e-bay, avec quasi 10 euros de rabais par rapport au commerce !!

    Je suis joie…^^

  10. Youplala

    Vivement ton opinion alors! 😉

    (Et bonne lecture!)

  11. j’ai lu avec grand plaisir le roman « Terror » mais je suis un peu déçu par le chapitre final . je ne comprends pas comment le « Terror » se retrouve à 200 miles du point ou il a été abandonné et surtout qui est cette « créature » morte dans la couchette de crozier ?
    merci d’éclairer ma lanterne .

  12. Youplala

    Bonjour Jessie,
    Crozier suppose que ce sont Male, Sinclair et Honey qui ont fait voyager le Terror jusque là, mais on peut faire l’hypothèse que les courants marins ont également pu faire ce travail… ou que les « esprits » s’en sont chargé, le Terror étant désormais un vaisseau fantôme.
    Pour ce qui est de la créature, je n’ai pas de réponse, je dois dire que je ne me souviens plus de cet élément. Je viens de relire le dernier chapitre, mais je suis incapable de me souvenir de l’identité de cette « chose ». Peut-être est-ce également un esprit? 😀

  13. Brighton

    Je viens de terminer le bouquin et j’ai une petite explication concernant la personne morte allongé dans la cabine de Crozier…en fait je pense qu’il s’agit de Crozier lui même…ou plutôt une représentation de son « autre » moi…celui qui est resté jusqu’au bout dans son bateau…ou avec ces hommes sans l’abandonner…d’une certaine manière Crozier est mort, et il meurt avec avec son bateau « le terror », la personne qu’il devient n’a plus rien à voir avec le capitaine Crozier…c’est une forme d’allégorie entre le réel, le fantastique et la dimension romanesque que Simmons veut donner à son livre

  14. Brighton

    Voilà…je ne sais pas ce que tu en penses surtout si tu l’a lu en Anglais…mais pour moi je l’interprète comme ça !

  15. Youplala

    Ton interprétation est vraiment pas mal Brighton, surtout quand on prend en considération l’atmosphère surnaturelle qui entoure la fin du roman. Je l’adopte, elle me plaît! 😉

  16. Aurèle

    Suis tout à fait ok avec cette interprétation également.
    J’aurais aimé que Brighton soit mon prof de français, les explications de texte auraient été plus évidentes…
    Quelqu’un a t’il lu Hypérion ?

  17. Youplala

    J’ai lu les cantos d’Hypérion il y a quelques années, j’ai oublié pas mal de choses mais je me souviens du Gritche. 😉

  18. Pingback: Sorties Poches Octobre 2009 | Carnet de Lectures de Solenn

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