Mais qu’est-ce que c’est que ce truc?

Eh bien voici mon deuxième abandon de l’année, après « On s’est déjà vu quelque part? » de Nuala O’Faolain.

On ne peut pas dire que j’ai du nez en ce qui concerne la lettre Q de mon Challenge ABC. Après Queffélec et ses « Noces Barbares », c’est Laurent Quintreau et ses « Marges brutes » qui ne passent pas.

Néanmoins… cette fois-ci j’aurai jeté l’éponge bien plus vite. A la moitié du premier chapitre, qui est pourtant très très court.

Mais avant d’aller plus loin, voici la quatrième de couverture:

Et si l’enfer n’était plus dans l’au-delà mais dans l’état-major d’une multinationale ? Onze cadres prennent la parole autour d’une table lors d’un sacro-saint comité de direction. Il y est question de dividendes, de restructuration et de licenciements. Mais aussi de l’intimité la plus triviale, des désirs les plus inavouables. Entre le quotidien minuté de la mère de famille et le cynisme dépravé du jeune branché, entre le désespoir glacé de la directrice du personnel, la perversion froide de la femme de pouvoir et les fantasmes libidineux du bellâtre bureaucrate, un seul point commun : chacun, du fond de sa frustration, est en guerre contre tous les autres. Au centre de cette Divine Comédie, tel une sorte de Lucifer boursier, trône Rorty, le président,  » nettoyeur aux mains propres, serial-killer au regard d’azur « .

J’ai éprouvé une réaction de rejet extrêmement rare face à ce… « roman ». Pourquoi? C’est bien simple: j’ai eu la très nette impression qu’on se foutait de moi. Le premier chapitre commence par une réunion au sein de la fameuse entreprise dont parle le résumé de l’éditeur. Le lecteur perçoit cette réunion par les yeux d’une femme, et en même temps qu’il « entend » ce que le boss raconte et qu’il « voit » ce que font les autres membres de la réunion, il « entend » également le discours intérieur de cette femme.

Ce qui se traduit en pratique par une phrase qui dure vraisemblablement tout le chapitre (je n’ai pas eu le courage d’aller jusque là) et des sauts du coq à l’âne à peu près à chaque ligne. Quant au style… il est principalement constitué de micro-phrases entrecoupées tous les trois à cinq mots de virgule. Ah, sans oublier l’amoncellement d’informations à ingurgiter pendant les premières pages, avec les trente-six collègues et la vie personnelle de la narratrice.

Ce type de « procédé » m’a rappelé deux auteurs:

  • García Márquez et ses phrases interminables, qui ressemblent à des mélopées… Enveloppantes et enivrantes.
  • Virginia Woolf et son « stream of consciousness » où en gros elle écrivait tout ce qui lui passait par la tête.

Cependant, si les quelques pages que j’ai parcourues m’ont évoqué ces auteurs… elles n’en avaient certainement pas le talent ni l’inspiration.

Au bout de trois pages je me suis sentie complètement noyée avec le très fort sentiment de n’en avoir strictement rien à faire des personnages et de leur vie. Je lisais sans lire, je déchiffrais les mots mais les (morceaux de) phrases ne parvenaient pas à s’assembler. J’ai donc préféré abandonner ce livre plutôt que m’infliger le quasi supplice de devoir relire chaque chapitre plusieurs fois afin de le comprendre.

Pour finir, un extrait de ce « roman » (que je vais m’empresser de ramener à la bibliothèque):

« … David, en voilà un au moins qui savait m’aimer, trop peut-être, tellement possessif, jaloux, passionné, à force il m’étouffait, si j’avais eu le courage de l’affronter, au lieu de partir du jour au lendemain comme une voleuse, nous serions toujours ensemble, je n’aurais pas rencontré Denis, je ne travaillerais pas ici, nous habiterions encore New York, à la place de Chloé j’aurais eu une autre petite fille, peut-être un garçon, je vivrais dans une jolie maison de Greenwich Village, entourée d’arbres et de verdure, Rorty répète sa volonté de hisser l’entreprise au plus haut niveau de compétitivité et d’expertise pour devenir les leaders du secteur, oui, les leaders en communication corporate mais pour cela nous devons continuer à conquérir des parts de marché, gagner de nouveaux clients, être les plus agressifs, les plus mordants, c’est une question de vie ou de mort pour l’entreprise comme pour les hommes qui la composent, nous sommes tous dans le même bateau, les résultats sont encourageants mais le marché reste menaçant, l’avenir plus qu’incertain et les frais de fonctionnement lourds, très lourds, sans parler des charges salariales, hélas, nous sommes tous dans le même bateau mais si le bateau est trop lourd tout le monde tombe à l’eau, réaorganiser une entreprise c’est en extraire le meilleur, rien que le meilleur, j’espère que Chloé s’entend bien avec sa nouvelle nounou… »

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4 Commentaires

Classé dans Emprunts à la bibliothèque, Lecture dans le cadre du Challenge ABC 2008

4 réponses à “Mais qu’est-ce que c’est que ce truc?

  1. Roh punaise, je comprend ta frustration : rien qu’avec la citation, j’hésite entre le fou-rire et l’envie de me pendre… ça doit être une version littéraire du cinéaste tellement génial que personne comprend ce qu’il veut filmer… ou qui se fout clairement de ses lecteurs !!

    J’espère que tes prochaines lectures seront meilleures…

  2. Youplala

    J’espère aussi qu’elles le seront! 😉

    Bon, j’ai trouvé un autre « Q », pourvu que ça soit meilleur…

  3. Dommage, le sujet avait l’air bien ! C’est vrai qu’il faut un sacré talent pour écrire dans ce style, ça donne de très beaux livres comme « Belle du seigneur »… En Q, sinon, j’ai bien aimé l’auteur portugais Eça de Qeiroz cette année.

  4. Youplala

    Je note, merci! J’ai trouvé un autre Q entre temps, mais vu le mal que j’ai à trouver un auteur qui m’intéresse, il vaut mieux que j’ai une autre suggestion en stock. 😉

    (Je suis désolée pour l’auteur, mais vraiment… chez moi ça passe pas. :-s )

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