***

« Un beau matin, il ne put reconnaître le vieillard à tête blanche et aux gestes peu assurés qui pénétra dans sa chambre. C’était Prudencia Aguilar. Lorsqu’il l’identifia enfin, étonné que les morts vieillissent eux aussi, José Arcadio Buendia se sentit tout retourné par la nostalgie. « Prudencio! s’exclama-t-il. Comment as-tu fait ton compte pour venir de si loin jusqu’ici? » Après un grand nombre d’années passées dans la mort, le regret du monde des vivants était si aigu, le besoin de compagnie si pressant, et si atterrante la proximité de l’autre mort à l’intérieur de la mort, que Prudencio Aguilar avait fini par aimer son pire ennemi. Il devait rester longtemps à le chercher sans succès. Il enquêtait sur lui auprès des morts de Riohacha, des morts en provenance de la vallée de Upar, de ceux qui arrivaient du marigot, et nul ne lui donnait de ses nouvelles pour la bonne raison que Macondo était un village inconnu des morts, jusqu’au jour où Melquiades arriva qui signala sa position par un petit point noir sur les cartes barriolées de la mort. »

Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez

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