Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez

Cette fois-ci, pas de quatrième de couverture. Je trouve que le résumé gâche le plaisir de la fin, en la révélant tout bonnement et simplement (j’ignorais totalement de quoi il retournait avant d’avoir commencé le livre, mais peut-être suis-je l’une des rares à ne pas le savoir?).

Il suffit de savoir que ce roman relate le quasi mythe de la lignée des Buendia, du premier de ses membres au dernier, dans un pays qui ressemble furieusement à la Colombie (la patrie de Gabriel García Márquez).

Éblouie. Transportée. Époustouflée. Impossible de trouver les mots justes pour décrire tout ce que j’ai ressenti à la lecture de « Cent ans de solitude ».

J’ai éprouvé une impression très étrange à la lecture de « Cent ans de solitude »… celle d’être « chez moi ». Ce monde foisonnant, où le réel et le magique sont entremêlés, où les individus portent tous les mêmes prénoms, où les malédictions existent réellement, où les morts sont parmis les vivants, où la vie est un cycle qui semble ne jamais vouloir s’arrêter de se reproduire… c’est dans ce monde là que j’ai grandi. Là qu’on m’a appris que porter une peau de salamandre séchée protégeait du mauvais oeil, qu’une famille pouvait être frappée d’une malédiction si épouvantable qu’aucun de ses membres ne pourrait jamais être heureux, que donner le nom d’un aïeul à un enfant était une marque de respect vis-à-vis de cet ancêtre et qu’il protègerait ainsi le nouveau venu. (Là vous vous dites que je viens d’une famille de cinglés) (c’est pas faux 😉 )

C’est d’ailleurs pour cette dernière raison que je n’ai pas particulièrement été perturbée par le fait que presque les personnages s’appellent José Arcadio, Aureliano, Ursula ou Remedios. C’est une forme de gymnastique intellectuelle que j’ai appris très tôt à pratiquer, donc je n’ai pas particulièrement eu d’effort de concentration et de mémoire à fournir. 🙂

Comme le sous-entend le début de ce billet, je n’ai pas non plus rencontré de problème en ce qui concerne le style. Je pense néanmoins qu’on ne peut que l’aimer ou le détester, tellement il est particulier. Certaines phrases peuvent faire deux pages de long, avec pour seule ponctuation quelques virgules. J’ai ressenti ce style d’écriture comme une incantation. J’ai été quasiment incapable de m’arrêter de lire au cours d’un chapitre. Il fallait poursuivre jusqu’à ce que le chapitre soit clos, sans quoi j’étais terriblement frustrée. Pourtant, il n’y a pas d’action débordante à proprement parler, pas d’intrigue particulière à suivre, si ce n’est la vie entremêlée des différents Buendia (et de celle de leur pays, car les deux sont profondément liées).

Quant à la fin… je crois que c’est la plus belle qu’il m’ait été donné de lire. La dernière phrase est absolument incroyable de part sa puissance. J’admire García Márquez d’avoir pu la trouver et la mettre en mots.

Je n’ai que deux regrets à propos de « Cent ans de solitude »:

  • Je ne pourrai jamais découvrir à nouveau ce roman et être complètement chamboulée par sa lecture.
  • Je n’ai pas le niveau en espagnol pour le lire en VO. Mais je vais quand même essayer de m’améliorer pour pouvoir apprécier un minimum l’oeuvre originale de Gabriel García Márquez. 🙂

En résumé… j’ai eu un énormissime coup de coeur pour « Cent ans de solitude ». Ce livre fait désormais partie des livres de ma vie, de ceux que je ne pourrai pas oublier et que je relirai fréquemment.

Maintenant, je songe à lire les analyses expliquant les différents niveaux de lecture qu’on peut en faire. Par exemple, le thème biblique est ultra présent, même moi j’ai pu m’en rendre compte. Mais j’aimerais bien en savoir plus. Si vous avez des suggestions à faire, n’hésitez pas!

Euh par contre, l’introduction est inutile à mes yeux. Principalement pour cause de barratin éhonté et incompréhensible (désolée Mr Bensoussan). Un extrait:

« S’il est vrai que tout romancier véritable, depuis Balzac, fait concurrence à l’état civil en inventant un univers, démiurge tyrannique, père capricieux ou sadique de personnages à sa merci, déicide supplantant tout autre divinité, Gabriel García Márquez, fasciné par l’absolu de l’écriture et la puissance du verbe, en modelant dans le tohu-bohu génésiaque Cent ans de solitude, s’est voulu Créateur, en majuscule et en majesté, maître souverain d’un monde inscrit dans l’Histoire. »

P.S: Un des personnages meurt d’un « chaudeau » d’après la traduction. Mais c’est quoi à la fin ce truc???

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7 Commentaires

Classé dans Lecture dans le cadre du Challenge ABC 2008

7 réponses à “Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez

  1. nico l’avait lu et me l’avait conseillé aussi .
    je n’ai pas encore trouvé/pris le temps de le lire
    il faudra que je remédie à ça un de ces jours !

  2. Jamais lu cet auteur… Je suppose que c’est une erreur à laquelle je devrai remédier à voir ton enthousiasme !
    Entre nous, je trouve ça bizarre de donner le nom d’un aïeul à un enfant, le poids est trop lourd à porter, surtout si cette personne est morte jeune et qu’on cherche à la remplacer. Heureusement, dans ma famille, on a limité cette pratique aux deuxièmes ou troisièmes prénoms !

  3. Youplala

    C’est super intéressant ce que tu dis Canthilde, tu me fais prendre conscience de règles implicites que je n’avais jamais vraiment réalisées. 🙂
    En fait, dans l’optique familiale, ce n’est pas un remplacement. C’est un honneur et une demande de protection pour l’enfant.
    Par contre, si une personne est décédée jeune, ou dans des circonstances épouvantables… on ne donnera pas son nom car il a été marqué par trop de souffrance et on considère qu’il apportera la malchance à l’enfant.

  4. Je peux comprendre cette idée de protection, s’il s’agit d’une grand-mère, ou arrière grand-mère, quoique ce n’est pas forcément marrant de s’appeler Germaine… 😉 Là où ça devient malsain, c’est de nommer un enfant du nom d’un enfant mort quelques années auparavant ; un psy en parlerait mieux que moi. Je pense à l’un de mes oncles, auquel sa mère a donné le prénom de son frère mort pendant la guerre. Il a assez mal tourné et est mort jeune…

  5. Youplala

    ça tombe bien, je suis psychologue. 😉

  6. Pingback: My prrrrrecious… « A la lettre

  7. Je l’ai lu il y a bien longtemps (j’avais 22 ans : je viens d’aller regarder la date figurant sur mon exemplaire !) et j’en garde le souvenir d’une lecture extraordinaire !

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