Suite française, d’Irène Némirovsky

La quatrième de couverture:

Ecrit dans le feu de l’Histoire, Suite française dépeint presque en direct l’exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modestes. Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d’une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent les routes de France bombardées au hasard… Peu à peu l’ennemi prend possession d’un pays inerte et apeuré. Comme tant d’autres, le village de Bussy est alors contraint d’accueillir des troupes allemandes. Exacerbées par la présence de l’occupant, les tensions sociales et les frustrations des habitants se réveillent… Roman bouleversant, intimiste, implacable, dévoilant avec une extraordinaire lucidité l’âme de chaque Français pendant l’Occupation, enrichi de notes et de la correspondance d’Irène Némirovsky, Suite française ressuscite d’une plume brillante et intuitive un pan à vif de notre mémoire.

Je n’ai qu’un seul mot qui me vient à l’esprit, quand je repense à ce livre: admirable. C’est mon troisième coup de coeur de l’année.

Tout comme pour Dickens, j’ai eu peur en l’abordant. J’avais entendu tellement de critiques positives que j’avais peur d’être déçue…

Effectivement, j’ai eu un peu de mal au début avec tous les personnages présentés, je ne me souvenais plus de qui faisait quoi… mais très rapidement, j’ai intégré tout ce petit monde dans ma mémoire, grâce aux indices fournis par Irène Némirovsky. Certains auteurs vous noient littéralement sous un flot d’informations, sans vous fournir les moindres renseignements pour vous aider à vous y retrouver. Ce n’est pas le cas de l’auteure de « Suite française », qui a vraiment ajouté par petites touches un certain nombre d’informations permettant au lecteur de retrouver rapidement le fil du récit. Rien que pour ça, j’ai beaucoup aimé ce roman.

Passé ce petit point de détail, j’ai « avalé » le livre sans voir défiler ses cinq cents pages. L’écriture est incroyablement fluide, les descriptions ne sont jamais assommantes ou superflues, les dialogues « sentent » le réel, et les personnages – qui peuvent sembler caricaturaux de prime abord – prennent rapidement une dimension humaine.

Cependant, aussi paradoxal que cela puisse sembler, j’ai éprouvé peu de plaisir durant ma lecture. Cela s’explique par le fait que j’étais entièrement absorbée par le roman, je vivais littéralement la peur, l’inquiétude, l’angoisse des personnages. Qui gagne la guerre? Que se passe-t-il? Les Allemands nous envahissent-ils? Où le prochain bombardement va-t-il avoir lieu? Où sont mes proches? Quand est-ce que tout ça va s’arrêter? Toutes ces questions que les français (entre autres) se sont posées durant la deuxième guerre mondiale.

J’ai aussi été très éprouvée de voir les comportements plus vils les uns que les autres, avec parfois un éclair de bienveillance ou de noblesse d’âme. La guerre révèle le fond de l’âme humaine, et elle n’est pas spécialement belle…

De plus, Irène Némirovsky a eu le génie d’écrire deux parties liées entre elles, mais qui restent malgré tout indépendantes l’une de l’autre.

Durant la première, « Tempête en juin », le lecteur suit l’évolution de différents personnages occupant des degrés différents dans la société. L’artiste, l’amateur d’art, le petit couple d’employés, les fils de bonne famille, etc. La tempête fait référence à la fuite éperdue des français du nord, qui se rendent compte que l’invasion allemande a commencé et que la guerre est perdue (ou presque). Cette partie commence tout doucement, les gens ne savent pas trop quelle est la situation actuelle mais ils continuent plus ou moins à suivre leur train-train quotidien. Puis tout doucement apparaissent les signes indiquant que la guerre se rapproche. Alors l’horreur commence à transparaître, timidement au début puis de plus en plus clairement. Les comportements mesquins sont nombreux, le chacun pour soi est prédominant et la violence, gratuite bien souvent, envahit complètement les esprits. Une scène de meurtre est par exemple particulièrement difficile à lire.

Au contraire, la deuxième partie, « Dolce », décrit l’occupation d’un petit village par un détachement de l’armée allemande. Ici, les points de vue de tout un chacun sont décrits avec encore plus de minutie et avec une remarquable psychologie. Les soldats allemands apparaissent comme des envahisseurs cruels et terrifiants… mais également comme de simples hommes loin de chez eux et poussés à faire certaines choses de part la guerre. Français comme allemands espèrent sa fin, le retour à la paix et à la vie civile. Les soldats, de jeunes hommes pour la plupart, attirent et sont attirés par les jeunes filles alors que les soldats français sont au diable Vauvert (en fuite, cachés, arrêtés…).

Contrairement à la première partie qui montre un monde qui se délite, la deuxième partie décrit la vie qui reprend tout doucement son cours normal dans une situation exceptionnelle. Un véritable tour de force.

Pour finir, j’ai été abasourdie par l’acuité de la vision d’Irène Némirovsky quant à l’humanité. Dans « Suite française », elle a su en saisir tous les aspects, du plus écoeurant au plus doux. Un livre incroyable.

P.S: La préface et les annexes sont aussi très instructives. Lisez-les!

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3 Commentaires

Classé dans Lecture dans le cadre du Challenge ABC 2008

3 réponses à “Suite française, d’Irène Némirovsky

  1. * rajoute un titre à sa liste des « à lire », mention « absolument »… et grommelle *

  2. youplala

    Exactement: absolument! 😉

  3. Voilà une note de lecture qui me donne vraiment envie de découvrir Némirovsky !

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