La vierge froide et autres racontars, de Jorn Riel

A la base j’avais prévu Joao Guimaraes Rosa à la lettre R avec son roman « Sagarana ».
Je n’ai pas du tout accroché au début (pas la bonne période pour ce livre peut-être) et je l’ai donc remplacé par une série de nouvelles repérée chez un bouquiniste: « La vierge froide et autres racontars » de Jorn Riel. C’est la couverture qui m’a attirée, je l’ai trouvée très mimi.
La tradition:

vierge_froideCap sur le Groenland avec Jorn Riel, écrivain baroudeur et conteur malicieux. De son long séjour en Arctique il a rapporté des anecdotes, des récits, des « racontars ». En un mot, des histoires d’hommes seuls sur une terre glacée où le soleil, l’hiver, se couche très longtemps. Ces rudes chasseurs ont d’étranges faiblesses, des tendresses insoupçonnées, des pudeurs de jeunes filles et des rêves d’enfants. Les solitaires s’emplissent de mots tus et, ivres de silence forcé, ils quittent parfois leur refuge pour aller « se vider » chez un ami. Ces nouvelles de l’Arctique ont la rudesse et la beauté du climat qui les suscite. Souvent râpeuses, toujours viriles, parfois brutales, saupoudrées de magie et de mystère, elles nous racontent un monde où la littérature ne se lit pas mais se dit, où l’épopée se confond avec le quotidien, où la parole a encore le pouvoir d’abolir le présent et de faire naître des légendes.

J’ai énormément apprécié ces nouvelles, leur côté loufoque est absolument délectable. Je les ai d’ailleurs dévorées le plus lentement possible (oui je sais que c’est antinomique) au rythme d’une par jour environ.
Les personnages sont complètement déjantés, les situations souvent cocasses (on pourrait renommer une nouvelle « la guerre des WC » par exemple) et le texte est un réel plaisir à lire.
Le fait que l’action ait lieu au Groenland est également peu commun et j’ai trouvé cet « exotisme » très agréable, je pense même que c’est le premier titre que je lis qui se déroule dans ce pays. On y découvre la vie des chasseurs (trappeurs?), leur isolement géographique et moral par rapport au reste de la planète, leurs rêves (se faire le plus d’argent possible avant de « retrouver la civilisation ») et l’écoulement bizarre du temps si près du pôle.
De plus, malgré la brièveté du livre (157 pages) on s’attache à ces hommes vivant dans des conditions extrêmes, et bien que le ton des nouvelles soit résolument drôle on n’en détecte pas moins en filigrane toute la rudesse de leur vie et le désespoir voire la folie que peut engendrer leur solitude (au cours de deux nouvelles on rencontre des hommes qui s’attachent extrêmement à deux animaux – un porc et un coq – les seules choses qui étrangement les retiennent à la raison). La fin d’une des nouvelles tombe ainsi comme un couperet et la situation qui semblait si amusante glace brusquement les sangs…

Le lecteur se retrouve également confronté à la dénonciation des défauts de « l’homme civilisé », opposé aux habitants de ces zones inhospitalières:  cupide, sentiment exagéré de sa propre importance, va-t’en-guerre, roué et malhonnête. Cependant, la description de ces différents défauts n’est pas lourde à lire, on en rit même beaucoup (ah, le personnage du Lieutenant!). pouce

Jusque là j’avais peu accroché aux auteurs nordiques que j’avais pu lire (je serais bien incapable de dire pourquoi par contre), mais grâce à Jorn Riel cette erreur est réparée! J’ai vu qu’il avait écrit d’autres nouvelles, j’irai faire un tour chez mon bouquiniste à l’occasion afin de voir si les histoires se déroulent toujours au Groenland et si elles sont toujours centrées autour des mêmes personnages. 🙂

Un petit extrait pour la route:
[Un soldat vient d’arriver du côté du Groenland où sont situés les hommes et ses rêves de grandeur se heurtent au pragmatisme des chasseurs]
– J’ai étudié la stratégie, et je sais pas mal de choses du travail sournois de l’ennemi. Nous allons défendre ce pays – il se haussa – pour la Nation et pour le Roi, dit-il solennellement.
– Et pour les Groenlandais, ajouta Valfred.
Bjorken hochait la tête, songeur.
– Ouais ouais, ça sonne assez juste tout ça. Et si tu es venu ici pour ces raisons, je suppose qu’on peut difficilement se débiner. Pourvu que tu ne déranges personne avec ta milice, nous n’avons pour sûr rien contre.
– Vous serez le noyau, hurla le Lieutenant, vous seuls pouvez défendre cette immense étendue! Ma tâche est de vous entraîner, de faire de vous les troupes d’élite du nord-est du Groenland.
– Ça prendra beaucoup de temps? demanda William le Noir, pensant avec inquiétude à la chasse au phoque de l’automne.
– Ça dépendra de votre volonté et de votre ardeur à apprendre, répondit le Lieutenant.

Il se trouve qu’il en va ainsi en Arctique: jamais on ne rejette une idée à priori, primo parce que cette idée pourrait, à y regarder de plus près, se révéler intéressante, secundo parce qu’on y voit toujours l’occasion de longues conversations et discussions instructives entre chasseurs.

P.S: Je viens de découvrir que ce livre avait été lu par un paquet de monde! Florinette propose également sur son site une biographie de Jorn Riel, par ici. 😉

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Classé dans Lecture dans le cadre du Challenge ABC 2008

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