L’appel de la steppe, d’Antoine de Changy et Célina Antomarchi-Lamé

J’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

commentaire_masse_critique

J’ai toujours adoré apprendre comment vivaient les autres êtres humains, qu’est-ce qui les avaient poussé à aller vivre à tel endroit en particulier, comment ils s’y étaient adaptés, quelles étaient leurs habitudes, leurs espoirs, leurs angoisses…
Ainsi, quand nous avions la télévision j’aimais particulièrement l’émission « Là-bas si j’y suis » et l’un de mes livres préférés reste encore et toujours « Le désert des déserts: avec les Bédouins, derniers nomades de l’Arabie du sud » de Wilfred Thesiger.
C’est donc avec un plaisir anticipé que j’ai ouvert « L’appel de la steppe: D’Istanbul aux confis de la Mongolie, à la rencontre des nomades de l’Altaï ».
Je ne peux pas dire que j’ai refermé le livre dans le même état d’esprit. Loin de là.
appel_de_la_steppeAvant d’entrer dans le vif du sujet, la quatrième de couverture (nécessaire afin de comprendre un point que je vais développer par la suite):
« Notre histoire avait commencé par une belle soirée d’ivrognerie, le jour où je rentrais de quatre années d’exil. La suite, nous l’avions su dès le départ, serait le mariage puis un autre voyage, ensemble. Un voyage pour toucher le fond des choses, accéder aux gens par des chemins authentiques. Un départ à vélo à travers une Asie dont nous ignorions tout. Nous partirions sans contrainte et sans limite de temps, sans date de retour précise. Il ne s’agirait pas de vélo mais de voyage, non d’une course envers et contre tout, pour boucler la boucle en avance, mais bien d’un voyage au fil du vent, au gré des marées. Le temps de la rencontre l’emporterait sur les impératifs de parcours et de distance à abattre. A scruter une carte du monde, il n’y avait pas d’endroits où nous ne souhaitions aller. Mais l’Iran était l’idée fixe de l’un et la Mongolie un rêve d’enfance de l’autre. Nous avons donc choisi la Turquie, pour apprendre à voyager, puis l’Iran, l’Asie centrale parce que nous n’en savions rien, avant de rejoindre la Mongolie par la Chine. Si nous nous sommes arrêtés un an dans une famille nomade de l’ouest de la Mongolie, c’est qu’un soir l’homme chez qui nous dormions nous a simplement proposé : « Venez passer l’hiver chez moi si vous voulez. »

Je ne sais pas si c’est moi qui ai mal interprété les choses, mais la couverture, le titre, le sous-titre et le résumé indiquaient pour moi que le livre porterait principalement sur cette fameuse année passée dans une famille nomade. Ce qui n’est absolument pas le cas. Sur les 318 pages du bouquin, les nomades avec lesquelles les auteurs vont vivre n’apparaissent qu’à la page 228. Moins de cent pages sur le sujet, c’est dommage.
D’autant plus dommage que les deux cents pages précédentes sont terriblement répétitives: « Il fait beau/moyennement beau/mauvais/pluvieux/y a du vent, nous passons en vélo, les gens sont curieux et nous interpellent, puis quelqu’un veut bien nous héberger, son nom c’est Truc, nous causons ensemble (accessoirement on picole), et puis nous nous en allons. Ah, que ces gens sont sympas et hospitaliers! Loin de toute la pourriture Occidentale, franchement vivre en Occident c’est moisi ».
J’ai dû me « cravacher » à reprendre le livre à chaque fois, et toujours à cause de cette répétitivité. Pourtant il se lit fort rapidement et j’ai été surprise plus d’une fois de voir que j’avais lu 70 pages alors que je ne pensais n’en avoir parcouru qu’une vingtaine.
Malheureusement ce retour cyclique à la même chose m’a également fort embrouillée et plus d’une fois je me suis demandée si telle situation c’était passée il y a quelques pages ou il y en avait trente. confusion

J’ai également regretté que les auteurs entrent peu dans l’âme des peuples qu’ils rencontraient, tout m’a paru superficiel. Je sais bien que la barrière de la langue était gigantesque mais cela m’a malgré tout déçue de ne pas en savoir plus sur ce qui faisait que ces gens appartenaient à leur peuple et pas à un autre. Cependant, ce problème est moins présent au cours de la partie avec les nomades puisque nous avons plus d’infos.
De plus, comme l’indique mon bref résumé de « l’action », les auteurs font preuve d’un manichéisme un peu agaçant… voire carrément insupportable (à la fin du livre on est excédé tellement ces passages réapparaissent souvent). On retrouve la ville Vs la campagne et l’Occident Vs le reste du monde. Quelques morceaux de choix:
1. Quotidiennement, une angoisse m’étreint au réveil: celle que le ciel bleu et glacial ait cédé la place au plafond gris et aux températures molles des hivers nord-européens, cette crainte que les journées intenses et rudes aient été remplacées par le confort et l’ennui. […] Ici pas de place pour un sentimentalisme ou des manières décalées à l’européenne.
2. Tout à l’est, l’Extrême-Orient rejoint l’Occident, replié sur lui-même et persuadé de voir le monde à travers l’écran de son téléphone portable.
3. Nos sociétés occidentales, en développant des modèles hyper compétitifs et aseptisés, ont oublié en chemin quelques valeurs humaines que nous avons retrouvées en Turquie. Ici, les gens ne vivent pas les uns à côté des autres, mais encore les uns avec les autres.

Je suis tout à fait d’accord pour dire que notre société est loin d’être idéale… mais ce n’est pas une raison pour idéaliser les autres!

J’ai aussi trouvé certaines remarques qui m’ont paru pour le moins naïves:
Dans un lokanta, comme beaucoup d’autres, un jeune porte le foulard kurde. Ce symbole de l’identité kurde est interdit par Ankara. Le port de ce foulard n’est pas innocent, il permet d’affirmer sa fierté et son appartenance à cette communauté. En le regardant, j’essaye de comprendre la signification et l’importance de ce geste pour lui, la foi qu’il y met. Comment pouvons-nous ressentir son engagement, nous qui n’avons aucune référence semblable dans nos vie d’Occidentaux affranchis des principalement barrières de la discrimination?
Je me suis vraiment demandé quelles étaient ces principales barrières… le fait de ne plus se faire passer à tabac mais juste de se faire traiter de « sale nègre/bougnoule » peut-être? De « juste » se faire insulter de pute si on ose mettre une mini-jupe et dire à un mec d’aller se faire voir s’il nous casse les pieds ? D’être juste considéré comme une grosse merde si on est chômeur et pas brûlé vif? La souffrance, où qu’elle soit, ne s’estime pas à la valeur des autres souffrances! A mes yeux elle est présente et nous nous devons de la respecter, il n’y a rien d’autre à ajouter.

Enfin, pour en revenir à un aspect bénin mais qui m’a néanmoins agacée, j’ai aussi noté la présence de deux grosses erreurs. La première apparaît lorsque Célina Antomarchi-Lamé fait ce qui ressemble à une crise d’angoisse. Il y est dit qu’elle fait une crise de mouvement compulsifs. La compulsion est un terme emprunté à la psychiatrie et qui se définit comme étant un « comportement répétitif (par exemple le lavage des mains) ou un acte mental (prier, compter…) que le sujet se sent poussé à accomplir en réponse à une obsession ou selon certaines règles qui doivent être appliquées de manière inflexible » (source). Elle a donc plutôt dû être prise de mouvement convulsifs, ce qui se comprend quand on est si loin de chez soi…
La deuxième erreur, grossière pour un livre parlant de voyages et du rythme des saisons, parle de l’équinoxe… d’hiver (il est indiqué entre le 15 décembre et le 1er janvier dans le livre, il n’y a donc pas d’erreur d’interprétation possible). Il n’existe pas d’équinoxe d’hiver, juste le solstice, le jour où la nuit est la plus longue de l’année. endormi

A côté de ces défauts j’ai pourtant vécu de bons moments de lecture avec ce livre.
La transhumance avec les nomades est le moment que je préfère, il représente ce que le livre entier aurait dû être à mes yeux: une immersion totale avec la vie et les préoccupations des nomades, permettre la compréhension de leurs coups durs, de leur acharnement, de leur courage et de leur détermination. J’ai aussi trouvé d’autres moments de grâce comme par exemple cette séance où un joueur de musique envoûte complètement les auteurs, ou encore lorsque les chevaux prennent leur galop tous ensemble:
En un instant, le nuage de poussière s’allonge et s’épaissit, la rumeur enfle sous le martèlement des sabots, la steppe rugit. Une horde hurlante, à fond de train, se répand dans la plaine soyeuse.
Au cours de ces quelques passages j’ai pu saisir la magie de ce voyage immense, le bonheur que cela devait être d’assister à des évènements pareils.
Hélas, ces moments sont trop courts et vite passés, et la lecture nous ramène à une description du paysage que l’on souhaiterait tant pouvoir admirer. Car si nous avons la chance d’avoir des photos au centre du livre, celles-ci représentent principalement le passage chez les nomades et le reste est rendu à la portion congrue.
Pourtant ces photos valent vraiment le détour. Voilà un petit bout de l’une d’entre elles:

campement_nomade

A elles seules elles nous donnent envie de tout connaître de ce voyage. Je pense même que le livre devrait être réédité sous un autre format, avec moins de texte et plus de photos, comme par exemple un carnet de voyage. J’imagine bien une photo magnifique par page avec le texte en-dessous pour expliquer ce qu’elle représente, à quelle étape elle a été réalisée, par qui elle a été faite, pourquoi…

Cela règlerait au passage le problème de la carte fournie avec le livre. Si chaque étape du texte décrit les villes et les endroits par où les auteurs passent, la carte représente seulement les différents pays avec une vague ligne qui les traverse. On ne peut pas dire qu’elle aide beaucoup à se repérer.

Pour en finir avec « L’appel de la steppe », je dirais donc que le format du livre n’est pas forcément adapté à cette aventure et que je rêverais d’en voir une édition avec moins de texte (de toute façon très descriptif et pas particulièrement passionnant) et plus de photographies.

A noter qu’il intéressera certainement plus que moi les passionnés de chevaux, de nombreuses « scènes »  à cheval sont proprement idylliques pour les auteurs.

P.S: Je suppose mais que le titre fait référence à « L’appel de la forêt » de Jack London mais je n’ai pas encore lu ce livre. Faudrait que je le fasse. 🙂

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Opération Masse Critique de Babelio

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s