Fières d’être putes

Je fais la critique de « Fières d’être putes » de Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser suite à mon inscription à Masse Critique sur le site Babelio. J’ai eu la chance d’être sélectionnée pour recevoir deux livres, dont celui-ci. Je parlerai plus tard de l’autre livre. 🙂

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La « forme » pour commencer. C’est la première fois que j’avais entre les mains un livre de L’Altiplano. Je l’ai trouvé très agréable, la couverture est douce et le texte est imprimé en caractères un chouïa plus grands que d’habitude, ce qui le rend facile à lire. De plus, le livre est à peine plus grand qu’un livre de poche « habituel », il est donc très pratique à transporter.

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Comme vous pouvez le voir, j’ai un paquet de choses à dire!

Passons maintenant au « fond ». La quatrième de couverture: Non, nous n’avons pas de proxénètes. Non, nous n’avons pas été violées dans notre enfance, ni par la suite. Non, nous ne sommes pas toxicomanes. Non, nous n’avons jamais été forcées de nous prostituer. Non, nous n’avons pas d’angoisse post-traumatique. Non, nous ne sommes pas malheureuses. Oui, nous avons une vie sentimentale. Oui, nous avons des amies et des amants. Oui, nous sommes engagées dans la lutte contre les discriminations. Oui, nous exerçons un métier stigmatisé. Oui, nous avons choisi ce métier. Oui, nous voulons les mêmes droits que tous les citoyens de ce pays. NOUS SOMMES DES PUTES ET NOUS EN SOMMES FIÈRES!

Le thème du bouquin pourra certainement choquer les plus prudes (surtout que le langage est souvent cru), mais moi pas tellement. Je me suis inscrite pour recevoir ce livre car le thème de la prostitution est un thème qui m’interpelle, j’ai étudié les mécanismes de la discrimination, les moyens employés par les individus pour lutter contre les sentiments négatifs qu’elle engendre mais également les effets positifs qu’elle peut avoir (oui oui, ça existe! ^^), et évidemment les « putes » sont des individus qui y sont très fortement exposés.

De plus, j’ai également suivi une conférence sur le thème de la traite des blanches, ses mythes et ses réalités, et cette problématique est évoquée dans le livre.

Cependant, j’ai été franchement très déçue par « fières… ». Je m’attendais plutôt à un témoignage sur leur vie et à leurs remarques sur la société. Je me suis retrouvée en face d’un livre très mal construit avec attaques personnelles à la pelle, amertume et esprit revanchard.

Très mal construit car les mêmes arguments reviennent tout le temps, j’ai lu quatre ou cinq fois les mêmes sur ce court livre de 120 pages. Ajoutez à cela que les auteurs passent sans arrêt du coq à l’âne et vous aurez une idée du fouillis que cela engendre.

De plus, des éléments dont on ne comprend pas l’intérêt sont ajoutés en plein milieu d’autres arguments avec un lien de cause à effet tiré par les cheveux. D’ailleurs, certains arguments m’ont semblé fumeux à souhait. Par exemple, page 54: « La deuxième loi le plus sexiste qui a été votée sous le gouvernement de droite est passée non plus simplement grâce à la passivité complice des mouvements féministes officiels, mais avec leur complet soutien, voire à leur initiative. Il s’agit de la loi interdisant le port de signes religieux à l’école, qui vise directement les filles musulmanes et qui les exclut du droit à l’éducation. La priorité des mouvements féministes officiels, de nombreuses associations du CNDF, a été de lutter contre des femmes: les putes et les musulmanes souhaitant porter le voile. » Vous voyez un lien direct entre les deux vous? Moi pas.

Ou alors je suis tombée sur certains passages me laissant songeuse, par exemple celui où les auteurs parlent de ceux qui veulent abolir la prostitution: « ils nient donc le choix d’une personne de se prostituer ou l’affirmation de fierté homosexuelle. Ils découragent les jeunes de se diriger vers ces voies, les éduquent pour qu’ils refusent ce genre de sexualité. » Ce qui me pose problème ici, c’est qu’il est sous-entendu qu’on choisit de devenir homosexuel… alors que c’est plutôt le contraire. Ça me rappelle des arguments employés justement par les homophobes qui disent qu’on « devient pédé », entre autres.

Amertume car il semblerait que les auteurs en veuillent à mort à tout le monde, personne ne trouve grâce à leurs yeux sauf leur propre organisation. Les « féministes »? Des salopes qui ne comprennent rien! Les partis politiques? Tous des enfoirés! Les psychiatres, les personnels de soins, les flics? Tous des salopards qui nous en veulent! Les sociologues? Tous des gros abrutis qui ne comprennent rien à la prostitution parce que leurs enquêtes sons biaisées! Mais s’ils essayent de savoir ce qu’il en est vraiment, ils peuvent aller se faire voir car il faut pas leur répondre! Paradoxal non?
En gros, ce qu’on lit dans ce bouquin c’est « nous les putes » opposé à « tous les autres ». On retrouve même à plusieurs reprises le terme « d’ennemis »!

Enfin, esprit revanchard car le nombre d’attaques personnelles est plutôt élevé et les auteurs insistent lourdement sur le fait que Machin ou Truc soit une garce/ un pauvre con. Et vas-y que j’en rajoute une couche, encore et encore. Saoulant… Le pire, c’est que page 58 il est dit que « les expressions trahissent une pensée. Il est donc important de savoir choisir ses mots, de savoir ce que chaque terme employé renvoie comme sens dans le cadre actuel des débats autour de la prostitution. » Que n’ont-ils justement fait ça plutôt que craché leur fiel???
Un exemple d’attaque plutôt générale contre les « féministes »: « Remettez d’abord en cause vos propres rapports hétérosexuels dans le cadre du mariage ou ailleurs et on pourra discuter de ce qu’est réellement l’oppression dans la sexualité gratuite ou vénale« . Parce qu’évidemment, une féministe mariée est forcément dominée par son conjoint… hallucinant.

Pour terminer cette critique, je trouve également dommage que le livre soit déjà presque obsolète à sa sortie. Il parle encore de l’UDF et de la campagne des présidentielles alors que tout cela est déjà bien loin derrière nous.

Comme vous l’aurez compris, je ne conseille donc pas ce livre. S’il avait été mieux construit, plus objectif, il aurait été très intéressant mais en l’état actuel des choses, c’est plus une lettre d’insultes qu’autre chose… Le côté « fière » est complètement évincé par le côté « tous des enflures », on ne ressent pas beaucoup d’émotions positives à sa lecture.

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Classé dans Opération Masse Critique de Babelio

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