Confessions d’un thug, de Philip Meadows Taylor

Dans le genre « la SF c’est bien mais la fiction a toujours une longueur de retard sur la réalité », je demande le thugisme (à prononcer « feuguisme »).

Je sais, pour un francophone ça n’évoque rien du tout ou presque.  Mais en fait, vous avez déjà certainement été en contact avec le thugisme, sans le savoir. Je m’explique.

Vous avez déjà vu Indiana Jones et le Temple Maudit ? Vous vous souvenez de la scène du sacrifice humain où on pauvre gars se fait arracher le coeur puis envoyer dans un vortex de lave ? Oui ? Eh bien voilà, vous y êtes. La secte de tarés au goût très sûr pour les accessoires de mode (oh les jolies cornes ! ), c’est une représentation de la secte des thugs. Très éloignée de celle ayant existé (ou potentiellement existé, apparemment il y a débat sur son existence ou pas), mais quand même.

La version « spielbergo-lucasienne » a embelli un peu le tableau (façon de parler) en rajoutant le decorum et en assimilant quelques éléments plutôt venus d’Amérique pré-latine comme l’arrachage de coeur devant une foule subjuguée.

Mais dans l’ensemble, on peut dire qu’ils ont bien choisi leur thème car les thugs étaient bel et bien une secte  secrète d’assassins ayant sévi en Inde pendant des siècles, vouant un culte à la déesse Kali et zigouillant à peu de chose près tout ce qui leur passait entre les mains.

Des gars bien sympathiques quoi, qui d’ailleurs avaient souvent l’air fort urbains, toujours prêts à vous donner un coup de main. Au sens propre du terme. Car pour rendre hommage à Kali et conserver sa protection, il fallait qu’ils ne versent pas le sang de leurs victimes… ce qui voulait dire les étrangler en leur brisant plus ou moins la nuque.

« Confessions d’un thug » raconte donc au XIX° sicèle la vie d’un thug, Amir Ali de son petit nom. De l’assassinat de ses propres parents par des thugs à son ascension à de hauts postes au sein de la confrérie, avant sa chute et sa capture par les anglais (cherchant à éradiquer la secte par tous les moyens).

C’est une lecture très agréable mais en même temps très étrange car on a l’impression de lire un roman d’aventures classique. Alexandre Dumas aurait tout à fait pu faire cette histoire, excepté les « petits » détails rappelant au lecteur que le type qui raconte sa vie a pour profession de tuer les gens.

Un instant on est en train de lire une description qui fait très « Inde éternelle », et le suivant on en est à la description de « comment découper et planquer un cadavre ». Déstabilisant.

Le discours du père adoptif d’Amir Ali lors de son « entrée en fonction » est un bon exemple de ce cas de figure :

Mon fils, tu as embrassé la profession la plus ancienne et la plus agréable à la divinité. Tu as juré d’être fidèle, brave et discret. Tu as juré de poursuivre la destruction de tout être vivant qui, par harsard ou par ruse, tombera en ton pouvoir, à l’exception de ceux qu’interdisent de tuer les lois de notre secte, et qui doivent nous être sacrés. Ce sont des sectes sur lesquelles ne s’étend pas notre pouvoir, et dont le sacrifice n’est pas agréable à notre divine maîtresse. Tels sont les blanchisseurs, les poètes, les Sikhs, les nanukshahis, les fakirs, les danseurs, les musiciens, les balayeurs, ceux qui pressent l’huile, les forgerons, les charpentiers et tous les blessés ou infirmes, ainsi que les lépreux. A ces exceptions près, toute la race des hommes est offerte à ton pouvoir d’anéantissement et tu ne dois éviter aucune possibilité de les détruire, sans oublier cependant de t’appuyer sur les présages. J’ai terminé. Tu es devenu un thug.

Hommes, femmes, enfants, tout le monde y passe. Peu importe l’âge des victimes, leur condition, leurs qualités, même le lien affectif entre le bourreau et sa victime, tout cela est secondaire. On voit ainsi défiler dans le roman des personnages extraordinaires, des héros, des femmes éprises d’Amir Ali qui finissent trucidés lamentablement et sans gloire parce que Kali le veut.

Enfin, personnellement j’ai trouvé que Philip Meadows Taylor avait vraiment bien rendu la psychologie d’Amir Ali. Cet homme capable d’adorer sa famille et de protéger ses proches tout en hésitant pas à tuer ceux mettant en danger sa couverture de marchand paisible (y compris une femme qui l’attire) est extrêmement complexe et imprévisible. Au final on ne sait toujours pas qui il est vraiment (un proto tueur en série ?), mais ses va-et-vient entre une certaine normalité et un abysse de froideur sont absolument fascinants.

Au final, « Confessions d’un thug » évoque les contes des Mille et Une Nuits avec le même dépaysement, tout en se lisant comme un Invanhoé ou les Trois Mousquetaires. Juste assez éloigné de nos repères habituels pour nous captiver et juste assez proche de nos références culturelles pour que nous puissions suivre l’histoire.

L’image de Kali a honteusement été pompée sur la page de Wikipédia consacrée aux thugs. On y apprend entre autres le mythe fondateur de la secte, qui explique pourquoi le sang des victimes ne doit surtout pas être versé. Intéressant. ^^

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***

Shi est le seul protagoniste de cette pitoyable histoire à avoir vraiment choisi. Je veux dire : effectué des choix, à rebrousse-poil du destin qui voulait lui imposer des catastrophes. À plusieurs reprises, je l’ai vu tout brûler sous ses pas pour sauver ce à quoi il avait décidé de tenir. Il a tout donné à une science, tout perdu pour un ami et tout risqué pour une femme. Bien sûr, encore plus que d’une grande âme, ce genre d’attitude procède d’une grande chance. La première chance de shi résidait dans sa capacité innée à vouloir. Vouloir n’est pas donné à tout le monde. Il faut naître avec des yeux qui voient clair, un cerveau qui décide vite et des bras assez puissants pour agir. Par là-dessus, il faut suffisamment de talent pour que ce que vous voulez, que ce soit une femme, une amitié ou un science, veuille aussi de vous. Et il faut encore la dose suffisante d’orgueil pour estimer que cette science, cette amitié ou cette femme vaut la peine qu’on se donne puisqu’elle est choisie par vous. L’ensemble de ces qualités fait de shi une espèce peu commune. Vous comprenez maintenant pourquoi je n’ai pas donné à cet homme le rôle principal de mon histoire : trop de perfection fatigue.

Le Goût de l’immortalité, de Catherine Dufour

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Le Goût de l’immortalité, de Catherine Dufour

Ça va être difficile de résumer un minimum ce roman et la quatrième de couverture ne me semble pas du tout rendre l’intérêt évoqué par cette oeuvre. Mais je la mets quand même, sans ça vous n’allez rien y comprendre :

Mandchourie, en l’an 2213 : la ville de Ha Rebin dresse des tours de huit kilomètres de haut dans un ciel jaune de pollution. Dans les caves grouille la multitude des damnés de la société, les suburbains. Une maladie qu’on croyait éradiquée réapparaît. Cmatic est chargé par une transnationale d’enquêter sur trois cas. Une adolescente étrange le conduira à travers l’enfer d’un monde déliquescent, vers ce qui pourrait être un rêve d’immortalité. Mais vaut-il la peine d’être immortel sur une Terre en perdition ?

Voilà. Vous avez maintenant en tête une certaine image du bouquin. C’est bien, oubliez-la complètement. Car  non seulement tout cela est bien secondaire mais surtout « le Goût de l’immortalité » est bien plus que ça. Je dirais même que c’est le roman de SF le plus créatif que j’ai lu depuis un ptit bout de temps (dix ans à la grosse louche).

Catherine Dufour a utilisé les armes habituelles de l’écrivain de SF. Elle a placé son histoire dans le futur, créé du vocabulaire pour décrire des objets/situations qui nous sont inconnus, a détourné des références qui nous sont connues en situations complètement inédites et bizarres, et pour bien parachever le tout elle s’est basée sur des prémisses actuels pour créer un monde totalement différent du nôtre mais qui nous apparaît tout à fait cohérent. Jusque là, rien de bien nouveau sous le soleil.

Là où elle a vraiment réalisé un travail hors-norme, c’est qu’elle a aussi modifié la forme du texte, ce qui est très déstabilisant quand vous commencez votre lecture. Oubliez les majuscules aux endroits habituels, rajoutez-en aux endroits inhabituels, et aérez le texte (ou pas) de manière étrange. Vous avez entre les mains un objet-imprimé-à-lire-absolument.

(Ayons aussi une pensée pour ceux qui se sont « amusés » à retranscrire le manuscrit, ils ont aussi fait un travail extraordinaire )

Ce n’est pas très facile de rentrer dans le roman et j’ai dû m’y reprendre à deux fois avant de vraiment accrocher car ces changements sont particulièrement déroutants. Mais une fois que vous avez succombé à l’envoûtement vous êtes fichu(e), fasciné(e) par la richesse de cet univers.

Il m’est arrivé quelques fois de m’y perdre et de ne plus comprendre les liens entre les personnages, les lieux ou les périodes évoquées. Mais à vrai dire, moi la maniaque de la clarté dans les livres (entre autres ^^; ) n’ai pas trouvé ça tellement dérangeant. La lecture du « goût de l’immortalité » est une expérience en elle-même, le reste importe peu.

Pour terminer, mon conseil : si vous ne devez lire qu’un seul livre de SF cette année : lisez celui-ci !* Il vaut vraiment le détour, même s’il n’est pas facile d’accès et qu’il peut vous rebuter de prime abord.

Rendons à Lhisbei ce qui est à Lhisbei, c’est grâce à elle que je suis tombée sur cet ouvrage. Merci à toi vénérée fan de SF !

* Sauf si vous n’avez jamais lu « Dune » de Frank Herbert, bien évidemment. Dans ce cas-là, lisez Dune !

(D’accord, c’est aussi possible de lire un autre classique de la SF si vous voulez…😉 )

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Comme ça, c’est fait

J’oublie toujours de le faire ou alors je le fais au mois de juillet, alors hop j’en profite tant que je m’en souviens :

Bonne année 2010 !!!

Avec beaucoup de euh… lapins et de… bananes. En tranches.

(Bah quoi ? Ça change des voeux habituels, non ? ;-))

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Oups

Suite à une grosse panne de lecture ce lieu est resté en friches. Mais les choses vont mieux, donc au boulot ! 

Je vais quand même faire un petit résumé vite fait (non ça je sais pas faire) des lectures de ces derniers mois qui m’ont le plus marquée. Les genres sont variés et avec ma sinusite carabinée j’ai la flemme de faire un classement (encore plus une chronologie), ça risque donc d’être un peu décousu.

  • « La dernière reine : Victoria, 1819-1901 », de Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit

Ce livre m’a vraiment posé problème. Tout d’abord, c’est censé être une biographie de la reine Victoria (d’Angleterre). J’y ai surtout vu la biographie de tous les hommes qui sont passés par sa vie. Albert son époux, Albert son fils aîné, son oncle Léopold (de Belgique), son secrétaire particulier indien, son garde écossais, … il y en a d’autres mais ce sont les principaux évoqués.

On y parle beaucoup d’hommes car Victoria est décrite comme une cruche finie, incapable du moindre self-control, capricieuse, soumise à n’importe quel homme qui passe, inculte, et avec un goût de chiottes pour la décoration (ça semble très important pour les auteurs puisqu’ils l’évoquent au moins trois fois, allez savoir pourquoi). Ces « qualités » me posent vraiment problème, puisque ce sont les qualificatifs qu’on a utilisé à l’époque pour décrire la femme en règle générale. Puérile, incapable de s’occuper d’elle-même, dont le rôle est d’avoir des enfants et de la fermer car son homme sait ce qui est bon pour elle. Mouais. A-t-on accolé à l’époque ces « qualités » aux femmes en raison de Victoria et de son tempérament, ou bien les auteurs ont-ils abusé des lectures victoriennes au point d’en oublier un certain recul ? Bonne question.

Ajoutez à cela une bonne dose de préjugés et de stéréotypes (les prussiens sont comme ci, les anglais comme ça), des détails dont on se fout éperduement (je m’en tamponne que Victoria ait voulu à tout prix avoir de la dentelle sur sa robe de deuil pour tel ou tel évènement), des choses importantes complètement passées sous silence (hein, quoi, la conquête de l’Inde ? C’est quoi ça ???), une fin qui n’a rien à voir avec les derniers chapitres, et pour finir un titre assez incompréhensible (j’étais sûre qu’Elizabeth II était une femme, mais si Victoria a été la dernière reine je suppose que je me suis trompée), et vous obtenez cette biographie qui m’a franchement laissée perplexe pour ne pas dire pire.

Ah oui, une dernière chose : au moins il y a des photos. C’est toujours bien de pouvoir visualiser de qui on parle. ‘Fin je préfère.

  • « Le treizième conte », de Diane Setterfield

A mon humble avis, trop de gothisme tue le gothisme. Pourtant, j’adore le genre, je l’ai même étudié en long en large et en travers durant mes études littéraires. Mais vraiment, trop c’est trop. J’ai fait une overdose en lisant ce roman et j’ai trouvé l’histoire complètement indigeste.

Le ressort dramatique est gros comme une maison, les personnages réagissent de manière complètement débile insensée, l’ambiance est malsaine et pour tout dire je me suis emm*rdée comme un rat mort pendant de très longs moments.

En résumé, j’ai pas du tout aimé.

  • « Nous sommes cruels », de Camille de Peretti

Il faut croire que je suis passée par une phase masochiste. Le genre épistolaire me laisse indifférente en règle générale et ma lecture des « Liaisons dangereuses » il y a dix ans m’avait déplue (je me prépare aux lancers de tomates pourries :-p). Je voyais pas trop le but de se foutre de la poire des autres et de les démolir pour le plaisir. ça doit être mon côté neuneu.

Alors pourquoi est-ce que j’ai été lire ce bouquin qui reprend « Les liaisons dangereuses » et les transpose à notre époque ? Mystère.

Peut-être l’envie de voir si mon point de vue avait évolué entre temps. Maintenant je suis fixée, c’est non. J’ai toujours pas compris l’intérêt du jeu (surtout que les protagonistes savent comment l’affaire s’est – mal – terminée pour la Merteuil et Valmont). ça me dépasse, tant pis pour moi.

Une dernière question : euh, à quoi elle sert la grand-mère complètement givrée ?

  • « Matelot », de Pierre Loti

Si un roman a jamais évoqué la mélancolie et la fatalité, c’est bien celui-ci. Dès le début on sait que les choses vont mal se terminer et on ne peut que suivre le cours des choses. On sent bien que Loti a été marin et qu’il a perdu des camarades durant sa carrière, qu’il a vu des familles brisées par la perte d’un proche. Les personnages sont décrits avec une profonde humanité, on ne perçoit jamais de mépris envers eux et leurs (mauvais) choix.

Bien que l’histoire soit très sombre, il émane de « Matelot » une très grande douceur et une sensation de paradis perdu sans pour autant que l’amertume ne vienne s’en mêler. L’écriture est limpide et les quelques élipses ne nuisent pas au récit. Un très bon moment de lecture, même s’il n’est pas très gai.

  • « Mémoire de mes putains tristes », de Gabriel García Márquez

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture si fluide du Maître et ses thèmes de prédilection, ainsi que des éléments déjà présents dans « Cent ans de solitude ». Les prostituées, les ouragans, le temps qui passe, la décadence, la mort, …

« Mémoire de mes putains tristes » est peut-être un meilleur mode d’entrée dans l’univers de García Marquez que « Cent ans de solitude : il est plus court et beaucoup plus clair. Cependant, je n’y ai pas retrouvé le même souffle, ni la même beauté des phrases.

Le seul hic c’est peut-être le sujet : un vieillard de 90 ans décide pour fêter son anniversaire de dépuceler une jeune vierge pas encore nubile (en clair : une gosse). Le fait est que rien ne se passe, la morale est sauve, mais le sujet porte quand même sacrément à controverse (on reste loin de « Lolita » mais vous voyez l’idée). D’ailleurs, il y a eu des problèmes avec le film pour cette raison.

  • « Mangez-le si vous voulez », de Jean Teulé

Comme d’habitude avec Teulé, il faut avoir l’estomac bien accroché. Voire bien vide. Voire jeûner depuis quelques temps. ça dépend du seuil de tolérance de chacun à l’horreur. Personnellement j’avais été nauséeuse à la lecture de « Je, François Villon ». La lecture de « Mangez-le si vous voulez » m’a achevée (sans mauvais jeu de mot).

Quand le langage fleuri de Teulé décrit cette succession de scènes plus épouvantables les unes que les autres avec un ton légèrement badin, c’est plutôt rude à encaisser. Mais la base du roman l’est elle-même…

(Il y a un truc que j’aimerais bien savoir et que je me demande à chaque lecture « teulienne » : quelle est la part de vérité dans tout ça ? )

Edit : une interview de Jean Teulé qui vous donnera un aperçu du bonhomme et de son oeuvre.😉

  • « Cyrano de Bergerac », d’Edmond Rostand

L’une de mes pièces préférées avec « l’Avare » et « Macbeth ». Quand aucun nouveau bouquin ne vous reste entre les mains, rien de tel qu’un retour aux sources.

  • « Tous les feux le feu », de Julio Cortázar

Décidément les auteurs sud-américains savent me parler, j’ai eu un énorme coup de coeur pour ce recueil de nouvelles.

Cortázar y expérimente différents modes de narration et de construction du récit et passe aussi facilement d’un style haché à de longues phrases sinueuses. Le cadre des nouvelles est lui-même très changeant, certaines évoquent même la science-fiction, un genre auquel on ne s’attend pas du tout.

Chaque nouvelle est l’occasion de découvrir une facette différente de l’univers de l’auteur et sa maîtrise de ce domaine pourtant si casse-gueule. Une nouvelle ratée est frustrante à lire, on a du mal à y rentrer ou on en sort alors qu’un sentiment de travail ni fait ni à faire persiste. Ce n’est certainement pas le cas ici.

Si vous aimez les nouvelles, vous adorerez ce petit recueil (moins de 150 pages). Si pas… c’est l’occasion de découvrir un grand auteur avec une maîtrise parfaite de son art.

  • « Les neuf princes d’Ambre », de Roger Zelazny

Je me suis attelée à la lecture du premier tome de ce grand classique de la fantasy, en ne sachant pas trop à quoi m’attendre. Pour avoir déjà lu Zelazny je savais que le style serait agréable, mais c’était plutôt le récit en lui-même qui pouvait ne pas passer (par exemple « Deus irae » ne m’as pas du tout intéressée… c’est ptêtre l’influence de Philip K. Dick qui veut ça *aïeuh, m’envoyez pas de briques! M’enfin! *).

En fait j’ai été très heureusement surprise, j’ai englouti le livre en 2 jours de temps. Le principe du héros amnésique avec qui on découvre au fur et à mesure de quoi il retourne est vu et revu (ptêtre pas en 1970 quand « les neufs princes d’Ambre » est paru ?) mais c’est un très bon moyen d’entrer dans le multivers d’Ambre sans perdre pied. Par contre c’est extrêmement frustrant d’arriver à la fin du premier tome, on commençait à peine à s’amuser.

Ce qui est surtout problématique si on considère que c’est le livre 1 sur 5 (pour le cycle de Corwin). Ou 10 (pour le cycle de Merlin). Ou beaucoup plus si on prend en compte les nouvelles et autres parutions autour d’Ambre. Vive l’édition anglaise qui regroupe tout le cycle d’Ambre pour moins de 20€. ^^;

  • « The wizard of oz », de L. Frank Baum

Je poursuis ma lecture des grands classiques de la lecture anglo-saxonne et cette fois-ci c’est le magicien (la traduction correcte serait plutôt « le sorcier ») d’Oz qui y est passé.

Comme tous les contes pour enfants qui ne sont pas passés entre les mains de Disney, l’histoire est relativement simple avec un sacré paquet de deus ex machina (« on va jamais s’en sortir c’est horrible… ah ben en fait, si »), il y a beaucoup d’éléments franchement cauchemardesques (l’homme de fer qui décapite une meute entière de loups juste devant Dorothy, glups) et les personnages sont semble-t-il caricaturaux. Comme tous les contes pour enfants, « le magicien d’Oz » est bien plus compliqué qu’il n’y paraît et il y a 136 000 niveaux d’analyse de l’histoire.

La lâcheté, le mensonge et la crédulité font partie des thèmes principaux. Mais la foi en ses propres capacités, l’acceptation de la différence, le courage et le mérite également. Au premier degré « le magicien d’Oz » est donc relativement simpliste, même un peu aride à lire, mais comme d’habitude avec les contes il faut creuser un minimum pour en voir tout l’intérêt.😀

NB : Comme ça je sais aussi d’où vient le terme « Munchkin ». Je ne connaissais que cette version-là.😉

  • « Lucky’s lady », de Tami Hoag

Le jour où j’ai pris ce livre au Boekenfestijn je ne sais vraiment pas ce qui m’est passé par la tête. La couverture était jolie, le résumé sonnait comme un roman policier (que je n’aime pourtant pas), le titre était pas super engageant… non vraiment, je ne comprends pas.

Toujours est-il que j’ai malgré tout eu raison de le prendre. Je ne me souviens pas avoir ri aux larmes devant un roman, mais grâce à Lucky et sa dame, c’est fait. Car sous ses apparences de polar, cette pépite est un pur roman à l’eau au sirop de rose. Tous les clichés y sont et grâce à une histoire inexistante et une écriture relativement agréable, il est possible d’en profiter au maximum. J’ai tellement apprécié que j’en ai traduit quelques pages pour les copines (je l’ai lu en VO). Demandez à Aurore et Peggy, elles ont beaucoup aimé !

Un petit extrait : La femme en elle qui n’avait jamais connu la vraie passion languissait de la connaître maintenant, avec cet homme, ce guerrier à l’âme d’artiste. Elle s’était contenue en se disant que c’était un criminel, mais il ne l’était pas. C’était un homme aux peurs cachées. Un homme qui cachait sa tendresse, sa profonde solitude, sa bonté derrière un masque bourru et dangereux, un homme qui avait besoin d’amour mais qui ne ferait jamais rien pour en recevoir.

(Ah, quel homme ce Lucky ! XD)

Enfin, pour être tout à fait claire, j’ai découvert en farfouillant sur le net que Tami Hoag avait commencé sa carrière par des romans à l’eau de rose avant de se recycler dans les polars. Je serais curieuse de voir à quoi peuvent bien ressembler ses polars…

Une chose est sûre : elle a abusée de Bonnie Tyler et de son « Holding out for a hero ». Peut-être aussi du clip remarquez (ah les années 80…).😉

Je sais, c’est un peu aride comme billet sans photos mais ça viendra d’ici quelques temps. Désolée.

Voilà pour cette fois. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de très joyeuses fêtes. On se revoit en 2010.😉

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Karambolage 2, de Claire Doutriaux

Décidément ces derniers temps je suis toujours en retard pour rédiger mes avis.:-/ Hop, on s’y met!

Grâce à la dernière édition de Masse Critique j’ai cette fois-ci reçu un livre tiré d’une toute bonne émission que j’adorais du temps où j’avais la télé : Karambolage, sur Arte. Le bouquin étant le deuxième édité sur l’émission, son ptit nom est logiquement « karambolage 2 ».🙂

karambolage2_1Si vous ne connaissez pas, le principe est très simple : on prend les deux pays fondateurs d’Arte, la France et l’Allemagne, et on compare ce qui les rapproche et ce qui les éloigne l’une de l’autre. Cela peut s’exprimer au travers de la langue, des objets, des références historiques et culturelles, de la géographie… ce qui donne des sujets aussi originaux que le bierwärmer (le « chauffe-bière ») totalement inconnu en France, la signification des drapeaux et hymnes respectifs de chaque pays, ou bien le fait qu’en Allemagne l’alliance se porte à la main droite et en France à la main gauche sans que l’on sache vraiment pourquoi.

A la télé, cela donne de courts reportages décalés et amusants racontés par des commentateurs français et allemands et la découverte d’une culture inconnue… ou la redécouverte de la sienne propre, vue par d’autres yeux (par exemple l’eau de Javel est très utilisée par les français, c’est une espèce de culte national à son odeur si particulière, tandis que les allemands n’en sont pas très fans).

En version « livresque », cela se transforme en retranscription de ces mêmes reportages avec photos illustratives à l’appui reprises de l’émission. Ce qui est d’ailleurs amusant pour moi, puisque les anecdotes rapportées dans « Karambolage 2 » sont parmi les dernières que j’ai pu voir avant de ne plus avoir d’abonnement télé (en 2007). Je me souviens encore parfaitement des animations, du ton et de la voix des chroniqueurs.😀

L’esprit de l’émission est donc parfaitement retransmis puisqu’il s’agit exactement de la même chose, ni plus ni moins. Les photos et illustrations sélectionnées représentant exactement le sujet dont il est question, on ne ressent pas de manque vis-à-vis des images beaucoup plus détaillées vues durant l’émission. Cependant, le seul petit défaut que je trouve à ce livre est la qualité de certaines photos, assez floues, comme de mauvaises captures d’écran. Je ne sais pas si c’est voulu, mais l’effet rendu n’est pas très beau.:-/

Cela se lit très facilement, par petits bouts ou par sections entières (« l’objet », « le symbole », « le mot »,… ), pour le plaisir d’en savoir plus sur nous-mêmes ou sur nos voisins allemands. De plus, l’auteure a également intégré quelques énigmes comme celles que l’émission contient et à partir desquelles il faut deviner si nous sommes confrontés à une photo prise en France ou en Allemagne. Vous savez, comme ces jeux d’observation que l’on faisait enfant et où il fallait deviner qui était l’intrus? J’adorais ce jeu à la fin de l’émission!

En résumé : les autres cultures vous intéressent mais vous n’aimez pas lire de pavés très sérieux sur le sujet? Vous aimez lire des pavés très sérieux sur le sujet? Ce livre est aussi fait pour vous!😀

Merci à Babelio et aux éditions du Seuil / Arte pour cet envoi!😉 babelio-masse-critique

L’avis de Brize sur le même livre, c’est par ici, et l’avis des autres babeliophiles est par là.😀

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Mrs Craddock, de W. Somerset Maugham

Désolée je ne mets pas souvent mon blog à jour ces temps-ci, mais que voulez-vous, depuis quelques semaines je lis à la vitesse d’une tortue sous calmants… ce qui n’aide pas beaucoup à faire des articles.😉

Changement complet de décor après ma lecture précédente, nous passons maintenant aux relations amoureuses et conjugales avec Somerset Maugham.

L’histoire est simple : au début du XX° siècle, Bertha Ley, une jeune fille de la noblesse anglaise tombe amoureuse d’un de ses métayers, Mr Craddock. Elle décide alors de l’épouser en dépit de leur différence de statut. La suite du récit nous contera les hauts et les bas de cette histoire d’amour.

Si vous aimez les histoires d’amour heureux où les couples s’aiment pour toujours, vous pouvez d’ores et déjà passer votre chemin, ce roman va pulvériser vos espoirs. Pourtant, tout commence bien : elle est belle, il est beau, elle est amoureuse et décidée, il est amoureux mais n’ose l’avouer, une barrière sociale les empêche de s’aimer mais elle s’en fiche complètement, ils finissent alors par s’avouer leurs sentiments puis se marient.

Un vrai conte de fée.

Mais Maugham ne paraît pas avoir particulièrement apprécié ce type de conte, il était même plutôt très terre-à-terre. C’est ainsi que cet univers si bien ordonné commence peu à peu à basculer dans la réalité de tous les couples : après la phase amoureuse où tout est beau et parfait chez l’autre suit la phase de prise en compte de l’autre tel qui l’est réellement et pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Différences de mode de vie, de tempérament, d’attentes, d’intérêts, disputes, compromis, compromissions, arrangements, incompréhensions mutuelles…

Bertha Craddock se rend bien vite compte qu’elle et son époux n’ont pas grand-chose en commun et qu’elle a été peut-être un peu trop vite en besogne. Trop tard, il faut maintenant vivre avec cet inconnu qui ne la comprend absolument pas et réciproquement.

S’ensuivent des désillusions toutes plus blessantes pour Bertha. Il y a de l’Emma Bovary en elle, elle est incapable de s’adapter à la banale réalité, il faut forcément que la vie de couple soit mieux que ça, qu’elle la transcende. Ou bien alors qu’elle trouve ailleurs ce qui lui fait défaut, puisque le divorce n’est pas franchement entré dans les moeurs à l’aube du XX° siècle.

Cette pauvre Bertha cherchera ainsi plusieurs échappatoires, coincée entre la liberté à laquelle elle aspire et les contraintes que la société lui impose. Malheureusement pour elle, sa quête sera vaine. Car seuls les personnages de contes de fée peuvent vivre dans un monde aussi parfait.

Somerset Maugham a réalisé un travail extraordinaire avec ce roman, aucun petit détail de la vie de couple ne lui a échappé.  Et tout cela dans un style délectable! L’ironie de l’auteur et son imitation parfaite des romans à l’eau de rose font passer de très bons moments de lecture, on déguste chaque ligne comme un carré de chocolat.

Bref, je recommande vraiment la lecture de « Mrs Craddock », cela donne un très bon aperçu du goufre qui peut séparer les attentes des membres d’un couple. Voire carrément éviter des désillusions et aider à comprendre l’autre! 🙂

P.S : La couverture de mon édition est atroce, ne vous y arrêtez pas.😉

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