12 mars 2009

Même le mal se fait bien, de Michel Folco

Lors d’une des opérations “Masse critique” de Babelio, j’ai espéré recevoir ce roman mais je n’ai pas été sélectionnée. Heureusement que la bibliothèque communale a très bon goût, j’ai ainsi pu l’emprunter! ;-)

Étrangement, le hasard a voulu que je lise ce roman situé dans l’empire austro-hongrois, juste après avoir terminé “La pitié dangereuse” qui se passe dans ce même empire et qui en relate aussi la fin. :-)

La quatrième de couverture, pour ne pas changer:

Marcello Tricotin, maître d’école revanchard, n’a de passion que pour les araignées. Il se faufile de son mieux sur le champ de bataille où s’affrontent un maire et son propre père, médecin atrabilaire et libre penseur. Marcello Tricotin, en ce début de XXe siècle, n’aspire qu’à poursuivre sa vie monotone au creux de la vallée du Piémont qui l’a vu naître. Mais les histoires de famille sont effroyables. A cause de l’ulcère gastro-duénale paternel et d’une clause testamentaire résolument tordue, Marcello Tricotin, le plus casanier et le plus timoré des hommes, est contraint d’entreprendre un périple mouvementé à travers le royaume austro-hongrois. Il y découvre qu’il est un authentique fils de pute et propriétaire d’un bordel presque chic. Il rencontrera Sigmund Freud. Il sera frappé par la foudre céleste. Et il séjournera même, quinze minutes durant, à quinze mètres de fond, dans les eaux du Danube. Tout cela s’achèvera par une vengeance exemplaire, édifiante et radicale. Accessoirement, l’abominable voyage de Marcello permet la résolution d’un mystère scientifique de premier ordre, dévoilant enfin aux historiens ébahis l’identité du douanier impérial et royal à la retraite Aloïs Schickelgruber-Hitler.

Cela fait plus de dix ans que j’ai découvert Michel Folco, grâce à “Dieu et nous seuls pouvons”. J’ai été absolument emballée par son écriture, son humour noir, son cynisme, et en même temps son érudition. Puis j’ai lu “Un loup est un loup”, que j’ai moins aimé. “En avant comme avant!” a suivi mais je n’ai pas du tout accroché, au point qu’aujourd’hui je suis incapable de me souvenir de quoi que ce soit. Néanmoins, je lis toujours les nouveaux tomes de cette longue série concernant les Pibrac et les Tricotin, dans l’espoir de retrouver le même plaisir de lecture que durant celle de “Dieu et nous seuls pouvons”. coeur

Et cette fois-ci, la magie est réapparue avec “Même le mal se fait bien”. J’ai ri à la lecture de certains passages, grimacé à certaines descriptions, été écoeurée par moments, mais j’ai toujours été enchantée malgré tout cela. Enfin un roman vivant!

Il y a plusieurs termes qui me viennent à l’esprit quand j’y repense : jouissif ; truculent ; inventif ; instructif ; cruel ;  cru ; blasphématoire.

Jouissif et truculent car les personnages se livrent aux pires vicissitudes et osent dire ce que souvent nous n’osons  même pas murmurer. Folco porte un regard aigu sur nos défauts, nos échappatoires, nos lâchetés quotidiennes… “ses” Tricotin sont un remède à tout ça. Eux foncent dans le tas, après eux le déluge! Une épouse emmerdante? Elle se fait envoyer paître. Les personnes influentes du village ont fait un sale coup à Marcello? Sa vengeance sera un plat servi gelé. Il s’ennuie chez lui? Qu’à cela ne tienne, il s’en va vivre quelques temps au bordel qu’il possède. On ne s’ennuie pas avec ces personnages et on s’amuse à voir leurs sales coups réalisés en dépit de la morale ou de la décence. :-D

Inventif car le roman est aussi créatif tant sur la forme que sur le fond. Il est parsemé de néologismes (“la matière merdificatoire”) et de péripéties toutes plus hallucinantes les unes que les autres… tout en se basant sur la réalité la plus stricte. On apprend beaucoup au cours de cette lecture. Sur les araignées (les grosses tégénaires), les termites, les pillages effectués par l’armée napoléonienne, la momification,  la science au XIX° siècle, l’histoire et la géographie de l’empire austro-hongrois, les expériences de mort imminente… et j’en passe. Une vraie mine d’or.

Cruel et très cru car Michel Folco n’est pas tendre dans ses romans et il n’hésite pas à malmener ses personnages en même temps que son lecteur. L’exemple le plus frappant est le passage où il décrit l’embaumement du Général Charlemagne Tricotin, trucidé dès l’introduction… alors qu’il vient tout juste de se marier. On y apprend ainsi quelques détails bien peu ragoûtants sur le processus de momification en lui-même, tout en découvrant si on n’est pas au courant la façon dont le corps humain se comporte après la mort. On a le bruit et l’odeur en quelque sorte. Cela peut faire grincer des dents, soulever le coeur… ou rigoler. Tout dépend du lecteur et de sa sensibilité. Mais les plus sensibles seront certainement très vites écoeurés, car Folco ne s’arrête pas en si bon chemin. La scène d’amputation est pas mal dans le genre.

Enfin, blasphématoire car les Tricotin ne portant pas l’Eglise et ses représentants dans leur coeur, ils n’hésitent pas à attaquer ces derniers tous azimuts et à mordre joyeusement dans la pomme. Difficile d’être plus anticlérical. L’agonie de Carolus Tricotin est ainsi rendue particulièrement comique car tandis que le curé de la paroisse ne pense qu’au salut de l’âme du mourant, ce dernier s’amuse à faire tourner le prêtre en bourrique une dernière fois.

Cet opus est en résumé un très bon cru, même si je considère que le meilleur de la série reste “Dieu et nous seuls pouvons”, qui raconte la saga des bourreaux Pibrac (vous l’aurez compris ^^ ).

D’autres critiques par là. :-)

P.S: Eh, pssssstttt, les gens de chez Stock! Le roman est truffé de fautes d’orthographe, de grammaire et de conjugaison. “Glaçé” avec une cédille, “ils était”… c’est pas des coquilles à ce niveau-là, plutôt des continents! :-(

Tiens, je viens de découvrir que “Même le mal se fait bien” était sorti en poche. Une raison supplémentaire pour mettre la main dessus! ;-)

11 mars 2009

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Tout ce qui est en dehors de la ligne étroite soi-disant normale de leur vie provoque d’abord la curiosité, puis la malveillance des gens.

La pitié dangereuse, de Stefan Zweig

9 mars 2009

La pitié dangereuse, de Stefan Zweig

J’ai lu ce livre dans le cadre du défi de lecture Blog-o-trésors. J’ai enfin réussi à me décider pour un livre, il ne reste plus qu’à trouver les suivants! :-D

Une petite quatrième de couverture pour se mettre en appétit:

Dans une petite ville de garnison, Anton Hofmiller, jeune officier de cavalerie, est invité dans le château du riche Kekesfalva. Au cours de la soirée, il invite la fille de son hôte à danser, ignorant qu’elle est paralysée. Désireux de réparer sa “gaffe”, Anton, pris de pitié pour l’infirme, multiplie bientôt ses visites [et se lie avec les Kekesfalva].

J’ai découvert Zweig l’an dernier, en lisant d’une traite “Le joueur d’échec” au cours d’un trajet en train.  J’ai tout de suite été emballée, et je me suis jetée sur “La pitié dangereuse” en voyant ce roman chez le bouquiniste. Manque de chance, je n’ai pas éprouvé le même engouement pour ce dernier… A vrai dire, je ne sais trop quoi penser à son propos. Ce n’est pas un mauvais roman, il est bien agréable à lire, les pages se tournent à une vitesse folle et on le parcourt très rapidement.

Hélas pour moi, je n’ai pas accroché aux personnages, et en premier lieu le narrateur, Anton Hofmiller. J’ai eu envie de lui mettre des baffes par moments. Ses hésitations, ses remords, ses considérations orgueilleuses… je les ai trouvés particulièrement irritants.

De plus, j’ai trouvé l’histoire très répétitive, on voit toujours la même situation se reproduire: Hofmiller va voir une personne liée aux Kekesfalva ou qui fait partie de la famille, il cède à la pitié, fait et dit des choses qui lui déplaisent, puis il s’en va et regrette son comportement… jusqu’à la prochaine rencontre. Il s’emberlificote de plus en plus dans la toile de ses mensonges et de ses remords, au point de ne plus voir d’issue à sa situation.  Hofmiller finit par être une véritable caricature de lui-même, à force de retomber toujours et encore dans les mêmes travers. J’ai d’ailleurs été également amenée à penser à peu près la même chose à propos d’Édith de Keksfalva. Toujours le même comportement, toujours les mêmes réactions, encore et encore. Un vrai robot. C’est devenu particulièrement usant à la longue, et avancer dans le roman a été de plus en plus laborieux puisque je savais déjà ce qui allait se produire entre Anton et Édith.

Bien sûr, je n’ai pas trouvé que des aspects négatifs à ce roman. La réflexion générale sur le handicap et les changements de comportement à l’approche d’une personne qui en est atteinte est vraiment intéressante, la mise en évidence des préjugés de l’époque est également très interpelante (surtout quand on sait que Zweig était juif et qu’il a donc dû en pâtir), et j’ai vraiment eu un coup de coeur pour les toutes dernières pages de “La pitié dangereuse”. La question du pardon vis-à-vis de ses propres erreurs, des remords et de la culpabilité est enfin abordée de manière non-répétitive et approfondie… Qui plus est, le sentiment de désolation dans ces quelques pages est palpable, on se rend bien compte que la fin du monde a eu lieu et tout ce qui existait au préalable a été détruit. Ou presque. Car l’esprit des survivants demeure, et avec lui tout ce qui a été.

En fin de compte, c’est ce que j’ai préféré dans toute cette histoire : cette description d’une civilisation sur le point de s’éteindre, puis la sensation de disparition brutale.  Elles sonnent plus vrai que le reste.

15 février 2009

Instants d’oiseaux, de Claude Feigné et Jacques Gillon

Une partie de la quatrième de couverture pour bien commencer ce billet:

La vie d’un oiseau est constituée de millions d’instants furtifs dont, la plupart du temps, les détails échappent au regard du simple curieux de nature comme à celui de l’observateur assidu. Seuls les instantanés photographiques permettent de fixer la fugacité de ces moments, d’en révéler une dimension esthétique souvent époustouflante, et offrent aussi, par la connaissance des adaptations morphologiques ou des comportements sociaux des oiseaux, une occasion unique d’expliquer ces attitudes capturées par le photographe. C’est à un voyage commenté dans le monde de ces instants trop brefs pour que notre œil les saisisse que cet ouvrage vous convie. Une invitation pour approcher la merveilleuse et secrète intimité des oiseaux…

Quand j’ai sélectionné ce livre parmi tous ceux proposés par Babelio, j’ai été emballée par le fait que ce soit un bouquin de photos d’oiseaux pris sur le vif au cours de leurs activités quotidiennes, ce que suggéraient le titre du livre et sa couverture (dans la vie quotidienne, j’adore observer les oiseaux et toutes les bestioles qui portent à portée d’yeux, et reconnaître qui est quoi). Je n’ai donc pas du tout été déçue, puisque c’est exactement ça! :-D On les voit se nourrir, s’envoler (ces photos-là sont époustouflantes!), se castagner, roupiller… mais pas que.

Car j’ai également été très agréablement surprise de découvrir que “Instants d’oiseaux” permettait aussi au lecteur d’acquérir une culture de base sur les oiseaux et leurs moeurs. Les thèmes abordés vont ainsi de leurs modes d’alimentation à la structure de leur plumage, en passant par leur façon d’atterrir et leur sociabilité. Par exemple, vous saviez vous que la température normale pour un oiseau est de 47°C, et que s’il monte ne serait-ce qu’à 49°C c’est la mort assurée? Ou bien que le martinet noir se nettoyait, dormait, et en gros passait sa vie en vol? Moi pas. Alors que j’adore reconnaître les différentes types d’oiseaux et que je possède quelques bouquins sur ce sujet, je ne savais rien de plus sur eux!

De plus, c’est la seconde fois que je reçois un livre de la part des Editions du Sud-Ouest, et je constate qu’encore une fois il est de grande qualité. Belle taille, papier glacé (mais qui ne garde pas les traces de doigts, ça m’horripile toujours quand ça arrive), court texte de présentation qui accompagne les photos, et photos de bonne taille (y a rien de plus frustrant qu’une petite photo sur une grande page, avec trente tonnes de barratin à côté).

Je n’ai qu’un seul petit regret: les photos présentent souvent les mêmes oiseaux sous différents angles, en train de faire différentes activités; c’est dommage de ne pas avoir voulu/pu mettre un peu plus de variété. De plus, les photos ayant pour la plupart été prises dans le bassin d’Arcachon, il y a sur-représentation des espèces “maritimes”, et les espèces plus communes sont à peine présentes. Peut-être qu’un “Instants d’oiseaux 2″ pourrait règler ce petit défaut? ;-)

En conclusion, un livre rédigé d’un point de vue de naturaliste qui cherche à “comprendre” le plus possible les oiseaux, et pas seulement à les regarder. A offrir aux amoureux des oiseaux et ceux qui veulent en savoir plus sur leurs “modes de fonctionnement”. :-D

Merci à Babelio et aux Editions du Sud-Ouest pour ce très beau livre!

4 février 2009

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Je ne pouvais me persuader que les hommes et les femmes que je rencontrais n’étaient pas aussi un autre genre, passablement humain, de monstres, d’animaux à demi formés selon l’apparence extérieure d’une âme humaine, et que bientôt ils allaient revenir à l’animalité première, et laisser voir tour à tour telle ou telle marque de bestialité atavique.

L’île du docteur Moreau, de H.G. Wells

3 février 2009

L’île du Dr Moreau, de Herbert George Wells

Petit résumé règlementaire: Edward Prendick est le seul survivant du naufrage du navire sur lequel il voyageait, lorsqu’il est recueilli à bord d’un bateau qui se dirige vers une île perdue au milieu de l’océan. A la suite de circonstances particulières, il doit débarquer sur cette île avec l’un des voyageurs et son serviteur. Ce qu’il découvrira là-bas remettra en cause sa perception du monde et de l’humanité.

Avant de lire ce roman, cela faisait des années que je n’avais plus lu de H. G. Wells… environ 15 ans (argh!). Je me souvenais qu’il avait un style très accrocheur, et qu’une fois les premières lignes lues, on avait envie de savoir quelle idée ingénieuse il avait bien pu trouver. J’avais vécu cela quand j’avais lu “La guerre des mondes” et j’avais trouvé la fin génialissime. :D

Au cours de cette lecture, j’ai retrouvé ces sensations positives, bien qu’elles se soient teintées d’angoisse et de malaise durant certains passages ou face à certains énoncés.

Car cette fois-ci, Wells questionne son lecteur sur la place de l’être humain dans le monde animal et de l’animal dans l’être humain, mais aussi sur la place de la souffrance dans la recherche scientifique (plus particulièrement la vivisection), et ce qu’il est permis de faire ou non au nom de la science. Des questions qui sont toujours d’actualité, comme vous l’aurez remarqué. Peut-on poursuivre certains buts? Est-il humain de tolérer d’entendre la souffrance s’exprimer et de rester de marbre?  La science ne doit-elle pas avoir certaines limites? Ce sont en tout cas les questions qui me sont venues à l’esprit, en lisant par exemple les passages où le puma est littéralement torturé.

Bien sûr, on sait maintenant que certains aspects de “l’île du docteur Moreau” sont complètement improbables. Par exemple, créer un être humain en modifiant la forme physique d’un animal est impossible, et découper puis “recoller” certains bouts d’animaux à d’autres relève de la mythologie et des chimères.

Mais s’il est admis que réussir de tels “exploits” en utilisant cette technique relève du rêve ou du cauchemar, nous savons tous qu’à l’heure actuelle en modifiant les gènes nous pouvons obtenir des créatures étranges, comme tel animal fluorescent ou tel chat/chien hypoallergenique… ce qui n’est pas si éloigné des pratiques du Dr Moreau, bien que le but ne soit clairement pas de “créer de l’être humain”.

Comme quoi, H.G. Wells a réussi non seulement au cours de ce roman à parler des questionnements de la fin du XIX° siècle, mais en même temps à évoquer ceux qui nous assaillent deux siècles plus tard. Lui qui ne souhaitait qu’écrire des romans de divertissement et qui ne voulait pas qu’on le compare aux récits d’anticipation de Jules Verne, il s’est bien mis le doigt dans l’oeil! ;-)

Evidemment, Wells a réussi à rendre ces questions intéressantes et à éviter tout effet soporifique grâce à un savant mélange de suspense, d’effroi et d’aventure. Je n’ai cessé de me poser des tonnes de questions au cours de ma lecture. Qu’est-ce qu’il se passe réellement sur cette île? Que va-t-il arriver à Pendrick, comment va-t-il survivre à cette île  et ses habitants monstrueux (les monstres n’étant pas forcément ceux que l’on croit)? Pour un peu, “l’île du Dr Moreau” ressemblerait à une histoire d’aventures lambda. Mais à la différence de ce dernier genre, le récit est sombre, très sombre, et l’espoir ne semble pas de mise. Donc si vous avez un peu le moral dans les chaussettes, mieux vaut éviter ce roman. :-s

Pour finir ce billet, la seule note négative que je retiendrai contre “L’île du Dr Moreau” est sa traduction datant de 1901 (dans mon édition Folio). Certaines tournures de phrases étaient peut-être correctes à l’époque (je me pose la question), maintenant elles semblent juste être de la traduction mot à mot du texte original anglais. A la page 74, on peut ainsi lire: “je commençais à croire que mes oreilles me décevaient”. Je ne sais pas si vous ça vous arrive souvent, mais pour l’instant je n’ai jamais été “déçue” par mes oreilles; elles ne m’ont jamais fait de cadeau pourri ni promis un repas au resto pour se défiler au dernier moment… ;-)   Par contre, si on prend en compte le fait que “to deceive” signifie “tromper” en anglais, là la phrase prend un sens tout a fait normal.

A mon sens, une petite révision de cette traduction serait vraiment souhaitable.

Bref, vous aurez compris mon avis: plus de cent ans après sa publication, ce roman reste tout simplement d’une modernité impressionnante avec sa réflexion sur l’éthique de la science et son côté horrifique.

27 janvier 2009

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“Je suis devenu ce que je suis aujourd’hui à l’âge de douze ans, par un jour glacial et nuageux de l’hiver 1975. Je revois encore cet instant précis où, tapi derrière le mur de terre à demi éboulé, j’ai jeté un regard furtif dans l’impasse située près de ruisseau gelé. La scène date d’il y a longtemps mais, je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé: il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je n’ai cessé de fixer cette ruelle désert depuis vint-six ans.”

Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini