2 août 2009

Karambolage 2, de Claire Doutriaux

Décidément ces derniers temps je suis toujours en retard pour rédiger mes avis. :-/ Hop, on s’y met!

Grâce à la dernière édition de Masse Critique j’ai cette fois-ci reçu un livre tiré d’une toute bonne émission que j’adorais du temps où j’avais la télé : Karambolage, sur Arte. Le bouquin étant le deuxième édité sur l’émission, son ptit nom est logiquement “karambolage 2″. :-)

karambolage2_1Si vous ne connaissez pas, le principe est très simple : on prend les deux pays fondateurs d’Arte, la France et l’Allemagne, et on compare ce qui les rapproche et ce qui les éloigne l’une de l’autre. Cela peut s’exprimer au travers de la langue, des objets, des références historiques et culturelles, de la géographie… ce qui donne des sujets aussi originaux que le bierwärmer (le “chauffe-bière”) totalement inconnu en France, la signification des drapeaux et hymnes respectifs de chaque pays, ou bien le fait qu’en Allemagne l’alliance se porte à la main droite et en France à la main gauche sans que l’on sache vraiment pourquoi.

A la télé, cela donne de courts reportages décalés et amusants racontés par des commentateurs français et allemands et la découverte d’une culture inconnue… ou la redécouverte de la sienne propre, vue par d’autres yeux (par exemple l’eau de Javel est très utilisée par les français, c’est une espèce de culte national à son odeur si particulière, tandis que les allemands n’en sont pas très fans).

En version “livresque”, cela se transforme en retranscription de ces mêmes reportages avec photos illustratives à l’appui reprises de l’émission. Ce qui est d’ailleurs amusant pour moi, puisque les anecdotes rapportées dans “Karambolage 2″ sont parmi les dernières que j’ai pu voir avant de ne plus avoir d’abonnement télé (en 2007). Je me souviens encore parfaitement des animations, du ton et de la voix des chroniqueurs. :D

L’esprit de l’émission est donc parfaitement retransmis puisqu’il s’agit exactement de la même chose, ni plus ni moins. Les photos et illustrations sélectionnées représentant exactement le sujet dont il est question, on ne ressent pas de manque vis-à-vis des images beaucoup plus détaillées vues durant l’émission. Cependant, le seul petit défaut que je trouve à ce livre est la qualité de certaines photos, assez floues, comme de mauvaises captures d’écran. Je ne sais pas si c’est voulu, mais l’effet rendu n’est pas très beau. :-/

Cela se lit très facilement, par petits bouts ou par sections entières (“l’objet”, “le symbole”, “le mot”,… ), pour le plaisir d’en savoir plus sur nous-mêmes ou sur nos voisins allemands. De plus, l’auteure a également intégré quelques énigmes comme celles que l’émission contient et à partir desquelles il faut deviner si nous sommes confrontés à une photo prise en France ou en Allemagne. Vous savez, comme ces jeux d’observation que l’on faisait enfant et où il fallait deviner qui était l’intrus? J’adorais ce jeu à la fin de l’émission!

En résumé : les autres cultures vous intéressent mais vous n’aimez pas lire de pavés très sérieux sur le sujet? Vous aimez lire des pavés très sérieux sur le sujet? Ce livre est aussi fait pour vous! :-D

Merci à Babelio et aux éditions du Seuil / Arte pour cet envoi! ;-) babelio-masse-critique

L’avis de Brize sur le même livre, c’est par ici, et l’avis des autres babeliophiles est par là. :-D

14 juillet 2009

Mrs Craddock, de W. Somerset Maugham

Désolée je ne mets pas souvent mon blog à jour ces temps-ci, mais que voulez-vous, depuis quelques semaines je lis à la vitesse d’une tortue sous calmants… ce qui n’aide pas beaucoup à faire des articles. ;-)

Changement complet de décor après ma lecture précédente, nous passons maintenant aux relations amoureuses et conjugales avec Somerset Maugham.

L’histoire est simple : au début du XX° siècle, Bertha Ley, une jeune fille de la noblesse anglaise tombe amoureuse d’un de ses métayers, Mr Craddock. Elle décide alors de l’épouser en dépit de leur différence de statut. La suite du récit nous contera les hauts et les bas de cette histoire d’amour.

Si vous aimez les histoires d’amour heureux où les couples s’aiment pour toujours, vous pouvez d’ores et déjà passer votre chemin, ce roman va pulvériser vos espoirs. Pourtant, tout commence bien : elle est belle, il est beau, elle est amoureuse et décidée, il est amoureux mais n’ose l’avouer, une barrière sociale les empêche de s’aimer mais elle s’en fiche complètement, ils finissent alors par s’avouer leurs sentiments puis se marient.

Un vrai conte de fée.

Mais Maugham ne paraît pas avoir particulièrement apprécié ce type de conte, il était même plutôt très terre-à-terre. C’est ainsi que cet univers si bien ordonné commence peu à peu à basculer dans la réalité de tous les couples : après la phase amoureuse où tout est beau et parfait chez l’autre suit la phase de prise en compte de l’autre tel qui l’est réellement et pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Différences de mode de vie, de tempérament, d’attentes, d’intérêts, disputes, compromis, compromissions, arrangements, incompréhensions mutuelles…

Bertha Craddock se rend bien vite compte qu’elle et son époux n’ont pas grand-chose en commun et qu’elle a été peut-être un peu trop vite en besogne. Trop tard, il faut maintenant vivre avec cet inconnu qui ne la comprend absolument pas et réciproquement.

S’ensuivent des désillusions toutes plus blessantes pour Bertha. Il y a de l’Emma Bovary en elle, elle est incapable de s’adapter à la banale réalité, il faut forcément que la vie de couple soit mieux que ça, qu’elle la transcende. Ou bien alors qu’elle trouve ailleurs ce qui lui fait défaut, puisque le divorce n’est pas franchement entré dans les moeurs à l’aube du XX° siècle.

Cette pauvre Bertha cherchera ainsi plusieurs échappatoires, coincée entre la liberté à laquelle elle aspire et les contraintes que la société lui impose. Malheureusement pour elle, sa quête sera vaine. Car seuls les personnages de contes de fée peuvent vivre dans un monde aussi parfait.

Somerset Maugham a réalisé un travail extraordinaire avec ce roman, aucun petit détail de la vie de couple ne lui a échappé.  Et tout cela dans un style délectable! L’ironie de l’auteur et son imitation parfaite des romans à l’eau de rose font passer de très bons moments de lecture, on déguste chaque ligne comme un carré de chocolat.

Bref, je recommande vraiment la lecture de “Mrs Craddock”, cela donne un très bon aperçu du goufre qui peut séparer les attentes des membres d’un couple. Voire carrément éviter des désillusions et aider à comprendre l’autre!  :-)

P.S : La couverture de mon édition est atroce, ne vous y arrêtez pas. ;-)

14 juin 2009

Pareil que les autres

Vous avez certainement déjà vu ce message un peu partout, mais ça ne fait jamais de mal de répéter ce genre de chose. ;-)

Je vais voir ce que je peux envoyer, mais les types de livres requis (pas de poches ou alors en très bon état, solides, etc) ne sont pas trop mon genre (quand on est fauché, rien de tel que les poches d’occase). :-/

Pour voir quelles sont les conditions d’envoi des bouquins et tout et tout, c’est par ici. :-D

25 mai 2009

Ennemi en vue, d’Alexander Kent

Aujourd’hui je vais  aborder un genre de littérature que j’apprécie tout particulièrement et dont j’entends rarement parler : les romans maritimes… et surtout, les romans concernant la marine à voile. Je ne connais pas la moitié des termes adéquats, je n’ai jamais approché de près ce type de navire, la vie des hommes à bord semblait absolument épouvantable… et pourtant tout cela me fait rêver (allez comprendre ;-) ).

Ainsi, l’an dernier j’ai été particulièrement emballée par “les mutinés de l’Elseneur” de Jack London, avec sa description du Cap Horn et de l’agonie de la marine à voile au début du XX° siècle (ses théories raciales rabâchées encore et encore m’ont par contre absolument exaspérée… et encore c’est un euphémisme, j’aurais plutôt eu envie de le balancer par-dessus bord). J’ai découvert grâce à cela les vagues scélérates (“rogue waves” en anglais), les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants, et tout un monde à la fois terrifiant et fascinant.

Cette année, c’est Alexander Kent qui me fait rêver avec l’un des tomes consacrés au capitaine Bolitho (il y en a une trentaine).  Pas le premier malheureusement, les traductions en français étant parues dans le désordre à ce qu’il semblerait (par rapport au cycle originel) et une bonne partie de ces dernières étant indisponibles à l’heure actuelle. Donc pour découvrir le capitaine Richard Bolitho j’ai commencé par… le douzième tome. C’est pas l’idéal, mais contrairement à ce que je pouvais craindre, l’histoire se suffit à elle-même et mis à part quelques petits passages où on sent bien qu’il s’est passé quelque chose “avant”, pas besoin de sous-titres pour comprendre de quoi il retourne.

La situation est simple : nous sommes à l’automne 1794 et l’Angleterre cherche par tous les moyens à écraser les révolutionnaires français, et réciproquement (ou à peu près). Le capitaine anglais Bolitho est envoyé en mission afin de maintenir le blocus sur les ports français. Cependant, certains navires français réussissent à forcer le blocus et filent toutes voiles dehors vers les Caraïbes. Il ne reste à Bolitho plus qu’une seule solution : les poursuivre.

Nous avons ici affaire à un pur roman d’aventure et d’action, mais au sens noble du terme. Certes il y a des coups de canon, des poursuites maritimes, des tas de mots exotiques comme “grand cacatois”, “mât de misaine” ou encore “yawl”… cependant l’analyse psychologique n’est pas absente de ce roman et personne n’est tout noir ou tout blanc. C’est déjà beaucoup, quand on considère certains romans qui diabolisent à l’excès tout ce qui peut venir s’opposer au héros. De plus, bien que meneur d’hommes Bolitho n’en reste pas moins un homme qui doute profondément de lui-même et de ses décisions… un être humain quoi, pas un surhomme. Tout à fait le type de personnage que j’apprécie, même dans les romans qui parlent d’abordage et de baston. ;-)

L’aspect historique n’est pas non plus négligé et bien que je ne sois absolument pas calée en histoire navale à l’époque napoléonienne, les différents éléments de l’intrigue semblent s’ajuster parfaitement aux faits historiques comme le blocus des ports français.

Avec tout ces points positifs, il y a déjà de quoi être emballé. Ajoutez-y la qualité des libretto édités par Phébus (je les trouve super agréables, beau papier, couvertures toujours belles ou en tout cas appropriées, bonne prise en main…), et vous passerez un très très bon moment de lecture.

En bref, si vous aimez la mer, si vous aimez les bateaux, si vous aimez l’aventure et l’Histoire (et si vous avez aimé le film “Master and commander” bien qu’il soit tiré du roman éponyme de Patrick O’Brian)… jetez-vous sur les récits maritimes d’Alexander Kent, vous en redemanderez!

(Perso j’ai commandé directement les trois premiers tomes en anglais – en édition omnibus – , eux au moins sont disponibles sans problème… et après la lecture de “The Terror” de Simmons, je connais déjà une bonne partie du vocabulaire anglophone. :-D )

Mon deuxième gros coup de coeur de l’année.

En bonus :

Le site internet de Douglas Reeman (le vrai nom d’Alexander Kent).

Et le site internet de l’illustrateur de la couverture, John Chancellor.

14 avril 2009

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Le Blanc est très malin. Il est venu tranquillement et paisiblement avec sa religion. Nous nous sommes amusés de sa sottise et nous lui avons permis de rester. Maintenant il a conquis nos frères, et notre clan ne peut plus agir comme un seul homme. Il a placé un couteau sur les choses qui nous tenaient ensemble et nous sommes tombés en morceaux.

Le monde s’effondre, de Chinua Achebe

13 avril 2009

Le monde s’effondre, de Chinua Achebe

Un petit résumé pour se mettre en jambe? Allez hop :

Ce roman narre la vie d’Okonkwo, un homme fort très respecté dans la confédération des villages d’Umuofia, située quelque part en Afrique. Par son biais le lecteur est invité à découvrir la vie d’un village africain au XIX° siècle (c’est ce que je suppose d’après les indices fournis par l’auteur), avant et pendant la colonisation par l’homme blanc.

J’ai découvert ce roman grâce à Boréale qui, il y a quelques temps déjà, avait fait sur son ancien blog un billet sur ce livre qu’elle avait beaucoup aimé. Par l’odeur alléchée, j’avais commandé ce bouquin et je l’avais gardé en stock, en attendant qu’il me fasse de la page.

L’attente a été à la hauteur du coup de coeur que j’ai éprouvé pour “le monde s’effondre”. Je l’ai dévoré en un jour et demi, en regrettant de voir les pages défiler si vite.

Ce livre est tout à fait fascinant, quand on le commence il est impossible de le laisser, c’est un véritable conte qui vous aspire dans son monde. On suit dans son parcours Okwonko qui comme tous les héros est fort, déterminé et ambitieux, et qui comme tous les héros vit des choses tout à fait extraordinaires. Il vit dans un monde où les dieux existent et peuvent être rencontrés, un monde où la magie existe,  un monde où les esprits des ancêtres rendent la justice. Il vit des épreuves très difficiles, obtient de grandes récompenses, mène des combats mythiques… jusqu’au jour où tout bascule et où Okwonko est happé par son destin, aussi tragique que celui d’un héros grec.

La comparaison vous paraît incongrue dans un tel contexte? Elle ne l’est pas tant que ça. Les codes auxquels nous sommes habitués se retrouvent dans ce récit. Certes, beaucoup d’éléments nous sont en partie ou en totalité inconnus : rien que les instruments de musique et la nourriture nous indiquent que nous ne sommes pas en terrain connu. Certaines lois peuvent paraître barbares, certains comportements choquants…  mais au final, ils ne le sont pas tant que ça pour celui qui accepte le récit sans y appliquer ses propres jugements de valeur. Cela peut paraître difficile mais ça ne l’est pas du tout, tant Achebe met en oeuvre toute sa capacité à rapprocher le lecteur de “son” Afrique.

Car bien que l’action se passe dans une autre culture que la nôtre, avec d’autres coutumes, sur un autre continent, dans un autre siècle… nous nous retrouvons aussitôt dans la peau de ces villageois, nos différences sont effacées pour faire place à une complète empathie. Okwonko est un homme très dur obsédé par le prestige et la réussite par le travail, l’une de ses épouses est inquiète pour son unique enfant, des fêtes ont lieu lors des occasions habituelles comme les mariages… rien de tout cela ne nous est inconnu. Achebe nous rapproche de ces gens, nous les comprenons. Ainsi, lorsque le monde commence à s’effondrer par pans entiers, nous comprenons leur angoisse et leur colère face à la disparition de tout ce qu’ils ont toujours connu. “L’homme blanc” nous apparaît comme étrange, son monde est incompréhensible. Venu de nulle part il impose de nouvelles lois et une nouvelle religion sans prendre en compte ceux qui existaient déjà avant son arrivée. Pourquoi? On ne le sait pas. C’est comme ça.

Comme pour ceux qui ont réellement vécu cette période, nous voyons le monde tel qu’il a toujours été disparaître sans qu’une seule explication puisse y être apportée.

Le passé est balayé, et avec lui ceux qui sont incapables de s’adapter. Y compris les héros, devenus inutiles dans la nouvelle société.

Mon premier gros gros coup de coeur de l’année 2009.

“Le monde s’effondre” est à ce qu’il semblerait un grand classique de la littérature anglophone. Dommage qu’il ne soit pas plus connu par ici. Pour en savoir plus, un lien vers l’article Wikipédia en anglais (celui en français est pas super avec une traduction aléatoire).

Et voilà l’article consacré à Chinua Achebe, toujours en anglais.

Il est à noter qu’il semblerait que le traducteur ait fait une erreur de pays dans sa traduction. Il indique le Niger, qui est un pays francophone et une ancienne colonie française, alors que “le monde s’effondre” décrit une colonie gouvernée par une grande reine, ce qui correspondrait plutôt au pays d’origine de Chinua Achebe : le Nigéria, anciennement colonie anglaise.

16 mars 2009

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A sa connaissance, il existait à Vienne pas moins de cinq organisations d’adeptes du suicide : le Cercle de la Clé des Champs, le Club des Découragés à Mort, le Club des Lassés de la Vie, le Cercle des Dégoûtés de l’Existence et le Club des Amis de l’As de Trèfle. Le but avoué de ces associations, toutes illégales, était de s’aider à s’entre-tuer proprement afin d’éviter le scandale et les enquêtes judiciaires.

Même le mal se fait bien, de Michel Folco